Marseille: De 18 à 30 mois de prison pour des chantages et extorsions sur des chantiers

JUSTICE Ils avaient fait pression pour obtenir leur embauche sur un chantier de construction d’immeubles…

A.R. avec AFP

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Illustration d'un chantier.

Illustration d'un chantier. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Le tribunal correctionnel de Marseille a condamné mercredi trois Marseillais à des peines de 18 à 30 mois de prison ferme pour extorsions, en l’occurrence des pressions pour obtenir leur embauche sous forme de contrats d’insertion sur un chantier de construction d’immeubles.

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Les faits, dénoncés en septembre par un conducteur de travaux de la société Campenon Bernard en charge du chantier « Les coteaux de Malpassé », se sont déroulés dans les quartiers Nord de Marseille.

Des menaces pour être embauchés

Un cadre de cette société a relaté comment, au moment de leur embauche en février, les trois prévenus étaient arrivés « très énervés » et avaient « menacé le chantier de représailles s’ils n’étaient pas embauchés ». Eligibles aux clauses d’insertion, destinées à favoriser l’emploi de proximité via une agence d’intérim d’insertion, ces salariés avaient ensuite proféré des menaces pour obtenir le renouvellement de leurs contrats.

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Le conducteur de travaux a ainsi raconté s’être un jour retrouvé « front à front » dans le sous-sol d’un bâtiment en construction avec l’un des prévenus qui le menaçait de l’enfermer dans un coffre de voiture.

En dépit d’une « énorme pression », son contrat n’avait pas été renouvelé fin juillet. « Il m’a dit que si je ne le reprenais pas, le chantier ne recommencerait pas le lundi 3 août », a témoigné ce cadre. Le jour dit, de nombreux vols et dégradations étaient constatés et des tags avaient été peints : « On vous a niqué ». Les prévenus n’ont pas été poursuivis pour ces faits.

« Il était fou furieux, il s’est mis torse nu, criait et a dit qu’il allait me fumer »

Souhaitant être réintégré après un accident de scooter, un autre prévenu avait violemment pénétré dans le bureau du chef de chantier. « Il était fou furieux, il s’est mis torse nu, criait et a dit qu’il allait me fumer », a rapporté un témoin. A la barre, l’un a reconnu les faits du bout des lèvres : « J’ai dit des trucs qui faisaient penser à des menaces mais en réalité ce n’était pas des menaces ».

Réclamant le remboursement de la totalité des salaires « obtenus sous la violence et par la menace », Bastien Bouillon, défenseur de Campenon Bernard, a expliqué la décision du groupe face à « ce type de faits » rencontrés « sur presque tous les chantiers de la région » : de « ne plus céder à ce type de chantage et d’engager des poursuites ».

Le procureur Dominique Mirkovic avait requis des « peines exemplaires » de 18 mois à deux ans de prison ferme afin « de mettre un terme à ces pratiques mafieuses et envoyer un signal fort à ceux qui commettent ces extorsions ». La défense a dénoncé « une belle hypocrisie », ces contrats d’insertion étant destinés, selon Karine Laignel, « à acheter la paix sociale ».

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