A chaque star ses salles de concerts. Pour Bernard Laporte, ce 10 novembre, c’est la salle polyvalente du Cannet-des-Maures. Perché dans le haut Var, le village héberge 4.000 âmes. Entourées de la quarantaine de clubs de rugby qui pullulent sur la Côte d’Azur. « Je m’attendais à avoir du monde, en tant que voisin », lâche en introduction un Bernard Laporte sûr de son coup.

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A 36 km de son royaume toulonnais, le candidat à la FFR domine une assemblée de mâles dodus dont les épaules font craquer les jointures du costume. Aucune chaise vide ce soir. Les cinquantenaires attrapent la profession de foi toute bleu-blanc-rouge déposée sur chaque siège. Et Bernie s’en donne à cœur joie. Il enchaîne les raffuts à Pierre Camou et Serge Blanco, « son fils spirituel » dès son discours de mise en bouche, jusqu’au petit jeu de questions-réponses. Hoche la tête quand fusent les invectives. Rebondit en sortant une alternative du chapeau.

« Rendons grâce à Pierre Camou »

« La FFR, c’est vous », lance-t-il plusieurs fois au public comme une injonction à se mobiliser. Tel un homme politique qui pousse les électeurs aux urnes, « mais pas pour voter Laporte, ça, je m’en fiche », le candidat leur rappelle le règlement officiel. Le texte prévoit une élection du président de la Fédération par l’assemblée générale composée de présidents de clubs. Une réunion souvent désertée par les dirigeants. « Seulement 10 % montent à Paris », chiffre Laporte. « Par faute de temps ou autres », étaye Serge Simon, pilier de la tortue béglaise et directeur de campagne de l’ancien manager du XV de France. Le fondateur de PROVALE, syndicat des joueurs professionnels, déroule son argumentaire jusqu’à toucher son but : le vote décentralisé.

20h30, les premiers signes d’assoupissement sont perceptibles - CLAEMMEL

 

En juin 2013, « rendons grâce à Pierre Camou », moque Simon, l’actuel président de la FFR a fait passer une mesure permettant aux dirigeants de club de voter, en restant dans leur région, au sein des Comités territoriaux ou via le vote électronique. Sauf que le changement a été retoqué par le ministère de l’Intérieur. Jusqu’à ce que le 23 juillet 2015, une ordonnance reconnaisse aux fédérations sportives leur caractère d’utilité publique. Et alors ? Et bien le ministère de l’Intérieur ne peut plus s’opposer aux décisions de la FFR. Mais la mesure, inoffensive en 2013, ferait frémir en haut lieu, depuis que le coach du RC Toulon s’est déclaré. Une nouvelle assemblée générale prévue en décembre, le 5 selon le staff de Laporte, doit revenir sur le vote décentralisé. Pour l’enterrer.

« Si vous ne montez pas, il n’y aura rien »

« Et là, je vous regarde dans les yeux, harangue le directeur de campagne, montez et votez contre ». « Ils ont peur de perdre, pousse Laporte. Maintenant qu’ils s’aperçoivent qu’il y a une opposition, ils rétro pédalent ». Et si les présidents ne se motivent pas, interroge un responsable de Draguignan qui dit avoir « connu une République bananière » ? Réponse très claire de Laporte : « Si vous ne montez pas, il n’y aura rien ». Ni mise en place du vote décentralisée. Ni éviction de fait d’un Camou désavoué.

Ayant déjà recueilli le soutien des 264 Clubs de l’UCRAF (Union des Clubs de Rugby Amateur Français), le Toulonnais mise gros sur ce 5 décembre. Et son équipe est prête à mettre des moyens. « Tout est organisé pour que vous montiez », intervient Henry Mondino, président du comité de Côte d’Azur, mystérieux. Plus nerveux, Thierry Murie, de La Seyne, prend la parole : « On y va, je mets le bus de la Seyne, j’ai 55 places. Il faut y aller ! » Dans la salle, les visages se détendent. La supplique du début se transforme doucement en plan organisé. A la tribune, Laporte, Simon, Mondino, tous rient. Le candidat confirme à demi-mot. « Non, vous n’irez pas en bus rassurez-vous… Le bus, ça va nous servir à autre chose. »

Oui, le buffet est ouvert et il y a des apéricubes - CLAEMMEL

 

21h, les chaises sont rangées et Bernard enchaîne les selfies avec joueurs amateurs et fans de toujours. Entre deux autographes, 20 Minutes saisit le show-man au vol : « Vous pensez qu’ils monteront vraiment à Paris ? » « Oui, je pense qu’ils ont compris maintenant. Et le 5 décembre, c’est important. »