Ayiii ! En ces périodes de soldes effrénées rue Saint-Fé, la cagole fourbit ses armes pour l'été. Grande consommatrice de fringues, est-elle pour autant une victime de la mode ? Ou, au contraire, la devance-t-elle ? Chez les mâles marseillais qui l'admirent déambuler, les avis sont partagés. « Les cagoles inventent leur propre style, souvent avec des trucs venus du Maghreb, assure l'écrivain Serge Scotto. D'ailleurs leur look est souvent repris, avec un an de retard, par le reste du pays. » Pas d'accord, estime Rémy Kerténian, historien de la mode provençale. « La cagole ne va pas lancer une mode, elle va se l'approprier, en l'exagérant. » Avec pour devise : « Trop n'est pas assez ». « Si elle est blonde, ce sera super blonde, le décolleté sera toujours un peu trop profond, le pantalon un peu trop serré », note Rémy Kerténian. Différent donc de sa voisine aixoise, fashion-victim beaucoup plus traditionnelle. Le phénomène est ancien : « Dès le XVIIe siècle, des voyageurs trouvent que les Marseillaises sont trop décolletées et qu'elles portent trop de bijoux, rappelle Rémy Kerténian. Ce n'est pas une question de climat, plutôt un rapport plus décontracté vis-à-vis de la religion. » A la même époque, l'Espagne ultra-catholique est engoncée dans des fraises et des habits noirs... Aujourd'hui, la cagole innove plutôt dans son rapport aux autres. Elle parle haut et fort, dans un language guère châtié. « Ce sont les déesses de la rue, tranche Serge Scotto. Elles ont une arrogance, elles n'ont pas peur des mecs. »
Demain : Le papet, personnage double