Marseille: Une escroquerie téléphonique démantelée

FAITS DIVERS Le préjudice est estimé à 4,5 millions d'euros...

Amandine Rancoule

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Marseille le 17 MARS 2015 L'Evéché.

Marseille le 17 MARS 2015 L'Evéché. — Amandine Rancoule / 20 Minutes

Le système est ingénieux, mais illégal. Une escroquerie téléphonique à grande échelle au détriment des trois opérateurs historiques de téléphonie a été démantelée à Marseille par les policiers de la Sûreté départementale et du Groupe d'intervention régional (GIR) de la police judiciaire. Neuf personnes ont été interpellées le 10 mars, cinq ont été mises en examen pour escroquerie en bande organisée, deux laissées libres sous contrôle judiciaire et trois écrouées. Près de 500.000 euros en liquide ont été saisis.

D’abord, le groupe vole les identifiants bancaires et les identités des victimes. Lors d’une perquisition dans un local à Marseille, 19 cartons remplis de photocopies de cartes identités ont été retrouvés. «Des cartes SIM prépayées, activées avec l’identité volée, sont ensuite rechargées de l’ordre de 20 à 30 euros avec les identifiants bancaires soustraits»,  raconte Emmanuel  Kiehl, le commissaire divisionnaire, chef de la sûreté départementale.

Des cartes SIM saisies.

Parallèlement, les individus, issus du secteur de la téléphonie, créent des numéros surtaxés ne renvoyant sur aucun service et quatre à cinq sociétés marseillaises. Avec l’aide d’un informaticien parisien, ils mettent au point des machines, «des pondeuses», programmées pour appeler 24 heures sur 24 ces numéros surtaxés.

Les cartes SIM acquises sont disposées dans quatre racks, introduits dans une pondeuse. Chaque rack peut contenir 600 cartes SIM. Les pondeuses appellent les numéros surtaxés et l’argent récolté, blanchi par des moyens qui n'ont pas été précisés, est viré sur les comptes de sociétés. Le préjudice est estimé à 4,5 millions d’euros.

Une «pondeuse».

«Ils sont passés de la phase artisanale à la phase industrielle, souligne Eric Antonetti, commissaire de police, chef du GIR Paca. Au début, ils embauchaient des petites mains pour passer les appels surtaxés. Au fur et à mesure, ils s’amélioraient grâce au conseil de l informaticien, écroué. Lorsque nous sommes intervenus, les pondeuses marchaient».  

L’escroquerie aurait duré pendant au moins trois ans, selon la police, alertée il y a 18 mois par SFR. Le réseau de téléphonie signale des «milliers d’appels appels surtaxés sur les mêmes bornes de Marseille». L'opérateur remarque également des rejets de paiement récurrents de clients ayant appelé à Marseille des numéros surtaxés. Le préjudice pour les particuliers dont les identités et les coordonnées bancaires ont été subtilisées était «quasiment invisible» car portant sur des sommes très faibles (20 ou 30 euros). Les particuliers ont par ailleurs été indemnisés par leur banque.

L'enquête se poursuit pour déterminer comment les escrocs ont pu se procurer les coordonnées personnelles de quelque 10.000 personnes.

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