Christian de Leusse : «Les élections, un enjeu pour les gays»

Interview président de Mémoire des sexualités et organisateur du salon de l'homosocialité à Marseille

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Christian de Leusse, président de Mémoire des sexualités et organisateur du salon de l'homosocialité à Marseille.

C'est la cinquième édition de ce salon, qui réunit de nombreuses associations « LGBT » (lesbienne, gay, bi et trans). Année d'élections oblige, certains débats prévus porteront sur le vote gay. Est-ce une réalité ?

Le vote gay existe dans la mesure où parmi les gays, certains se définissent par rapport à leur sexualité. C'est une minorité, mais chaque marge peut se dire qu'elle peut changer les choses. C'est un peu comme le vote féministe. Par ailleurs, cet électorat s'inscrit dans une histoire. Les dernières lois répressives ne sont plus en vigueur depuis 1982. Aujourd'hui, il y a la perspective de droits égaux si les promesses de certains des candidats sont tenues. Il est question du mariage, de l'adoption... Ces élections vont être un véritable enjeu. Les journaux gays en parlent d'ailleurs beaucoup.

Le vote homo se ferait donc hors de tout clivage politique ?

Même si ce n'est pas leur tendance politique, ces électeurs, souvent confrontés à trop de souffrance, vont voter pour celui qui leur donne le plus de droits. Prenons l'exemple de François Mitterrand, en 1981 [qui a dépénalisé les actes homosexuels]. Il a été le seul à se positionner à une époque où personne n'avait le courage de le faire. Même si c'était du bout des lèvres, il l'a fait par cohérence avec son idée des droits de l'Homme. Il a joué un rôle très fort pour les gays qui à l'époque, étaient dans un étouffoir. Aujourd'hui, la situation est un peu différente, mais le souvenir du Pacs initié par la gauche reste très fort chez les gays.

Ce vote gay se retrouve-t-il pour les élections locales ?

Sans doute, mais si on prend le cas de Marseille, qui reste une ville pauvre, je pense que le vote porte plus sur des préoccupations sociales. Sans doute que dans des villes plus aisées, c'est différent.

Les homme politiques marseillais s'impliquent-ils sur ces questions ?

Localement, la plupart suivent les positions prises par leur parti au niveau national, mais ne veulent pas aller plus loin. Il faut souvent les pousser pour les faire intervenir lors d'un débat.

Comment l'expliquez-vous ?

Marseille reste une ville très difficile pour les homosexuels. Les lieux de rencontres sont rares, nous sommes contraints à la discrétion. C'est presque comme la franc-maçonnerie... C'est probablement dû à des mentalités très traditionnelles. Du coup, pour que des politiques prennent la parole, c'est plus compliqué. Le seul moment où ils s'engagent, c'est lors de la Gay Pride, car c'est un moment de visibilité important.

Recueilli par Stéphanie Harounyan

Le salon se déroule jusqu'à dimanche dans différents lieux de Marseille. Plusieurs débats (littérature, prévention sida, homophobie), projections de films et soirées musicales sont prévus avant le grand forum associatif, qui se tiendra samedi et dimanche. Infos sur www.memoiredessexualites.org

 

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