Retour à la mer après des siècles

patrimoine La barque phocéenne « Gyptis », vieille de 2600 ans, est en cours de reconstruction

Amandine Rancoule

— 

Faire naviguer un bateau construit au VIe siècle avant J.-C. par les descendants des colons phocéens. Le défi est de taille. L'épave d'une grande barque côtière utilisée pour la pêche au corail a été découverte en 1993 lors des fouilles archéologiques de la place Jules Verne. Baptisée Gyptis, elle est en train d'être reconstruite selon les techniques de l'époque au chantier naval Borg.

Cire d'abeille et goudron de sapin


«C'est un bateau de dix mètres à propulsion rames et voiles, détaille Patrice Pomey, le responsable du projet et directeur de recherche émérite au CNRS. Des fragments de corail ont été retrouvés à l'intérieur, ce qui prouve que c'est un de plus anciens bateaux découverts». Avec son équipe du centre Camille Jullian (Maison méditerranéenne de sciences de l'homme), il mène ce projet archéologique unique en France. «Les bateaux de ce type ne se construisent plus, raconte Thierry Garval, un des charpentiers de marine. Ils se font réparer dans certaines parties du monde comme l'Inde ou l'Afrique de l'Ouest». Les planches sont ligaturées entre elles avec du fil de lin sur le principe du «bateau cousu». Les nombreux liens conservés en place sur l'épave constituent un témoignage de cette technique et permettent d'en restituer précisément le processus. «C'est très plaisant à construire, estime José Cano, un autre des quatre charpentiers de marine qui travaillent sur le Gyptis. C'est une gymnastique d'esprit perpétuelle : on doit oublier totalement les techniques actuelles.» Grâce à une pâte spéciale à base de cire d'abeille et de goudron de sapin conjuguée au gonflement du bois, le bateau devrait prendre l'eau le 7 septembre, dans le cadre de Septembre en mer.

■ Histoire

Plusieurs épaves grecques et romaines ont été découvertes lors des fouilles de la place Jules-Verne, à proximité du Vieux-Port. Deux épaves, le Jules-Verne 7 et le Jules-Verne 9, ont été découvertes gisant l'une à côté de l'autre, après avoir été abandonnées près du rivage à la fin du VIe siècle. Leur datation haute les inscrit dans la lignée directe des Phocéens venus fonder Marseille en 600 avant J.-C.

Mots-clés :

Aucun mot-clé.