Mickaël Penverne

Le savon de Marseille est-il en danger ? C'est ce que pense Adrien Sergent, jeune chef d'entreprise, qui vient de lancer une pétition sur Internet pour sauver le fameux cube vert. Pour l'instant, elle a recueilli 770 signatures. « J'ai été choqué par la situation des savonneries qui doivent faire face à la concurrence étrangère déloyale, explique-t-il. C'est un acte citoyen pour sauver des entreprises régionales et notre patrimoine. »

Tradition contre modernité


Adrien Sergent a lancé sa pétition après l'annonce du redressement judiciaire de la plus ancienne savonnerie de Marseille, Le Fer à Cheval. Son PDG, Bernard Demeure, a quatre mois pour trouver un partenaire ou un repreneur à cette entreprise qui existe depuis 1856. «La rentabilité est moyenne, admet-il. On a des difficultés à pratiquer des prix corrects à cause des contrefaçons qui viennent de Chine, de Turquie, de Tunisie ou d'ailleurs.» Le savon de Marseille n'est pas une marque protégée. Le nom est tombé dans le domaine public et n'importe qui peut en produire n'importe où. Résultat, il n'existe plus que quatre savonneries artisanales dans les Bouches-du-Rhône.

Ces fabricants discutent depuis des années pour mettre au point un cahier des charges, un logo, voire un label pour protéger le « made in Marseille ». Sans résultat, pour l'instant. Le problème, c'est qu'ils ne sont pas d'accord entre eux. Bernard Demeure refuse ainsi de déroger à la tradition : pas de parfum, pas de colorant. A l'inverse, Serge Bruna, président de La Licorne, propose, sur le Vieux-Port, des savons de toutes les couleurs et de toutes les formes pour plaire notamment aux touristes. «L'objectif à tous, c'est de tirer la qualité vers le haut, souffle ce dernier. C'est compliqué, mais il ne faut pas qu'on baisse les bras.» ■