C’est un art qui se pratique depuis des siècles et qui fait la renommée du Maroc. La tannerie s’est propagée dans le Royaume sous la dynastie des Almohades au XIIe siècle. Et depuis, rien n’a changé. Les matériaux et techniques utilisées sont ancestraux.

L’empire des sens. L’odeur chatouille les narines, les couleurs excitent les pupilles et la matière terminée épouse la peau. Dans la tannerie de Chouara à Fès, ils sont plus de 500 maîtres artisans à s’affairer chaque jour dans les 1200 bassins.

Vieille de près de 900 ans, elle est la plus grande tannerie traditionnelle marocaine. Pays référence dans la matière cuir, c’est d’ailleurs «le Maroc qui a donné son nom à la maroquinerie, se félicite Oudrhiri El Ralli, directeur associé de la tannerie Rosaj de Fès. C’est un artisanat très important pour l’économie du pays.»

En plus de Fès, «la tannerie de Marrakech et à moindre mesure celle de Taroudant sont aussi, reconnues», liste Matthieu Lavielle, créateur de Sud-Maroc, un Web guide de voyage.

Des techniques vieilles de plusieurs siècles

A Chouara, les matériaux travaillés sont les mêmes qu’au XIIe siècle. «On tanne les peaux de mouton, de vache, de chèvre et de chameau», détaille Oudrhiri El Ralli. Les techniques de tannage, elles non plus, n’ont pas changé depuis mille ans. «Le procédé complet dure une grosse trentaine de jours», assure Abdelhalim Fizazi, membre de la chambre artisanale de Fès.

Pour qu’une peau brute soit prête à l’emploi, les tanneurs suivent trois étapes majeures. «La première consiste à plonger les peaux plusieurs jours dans des bassins remplis de chaux, de fiente de pigeon et d’ammoniac», résume Matthieu Lavielle.

Quand vient le temps de la teinture, les nombreuses cuves se transforment en palettes de couleurs, toutes naturelles. De la fleur de pavot pour le rouge, de l'indigo pour le bleu, du henné pour le orange, ou encore de la menthe pour le vert. Enfin, les peaux sont rincées, puis séchées au soleil pendant trois jours.

Le cuir est maintenant prêt à être acheminé auprès des artisans qui le transformeront en «vêtements, sacs, babouches ou encore portefeuilles» énumère Abdelhalim Fizazi.

Un plan de sauvegarde

A Fès, il faut emprunter la rue Méchatine pour trouver le souk des tanneurs, au sud de la médina. «A cause des fortes odeurs qui s’en dégagent, les tanneries sont souvent excentrées de l’hyper centre-ville, explique Matthieu Lavielle.

Le travail des tanneurs est dur et très nocif pour la santé à cause des vapeurs chimiques qu’ils respirent à longueur de journée.» Les tanneries industrielles ont depuis quelques années supplanté les traditionnelles, que l’on trouve de moins en moins.

Pour préserver ce savoir-faire séculaire, la Médina de Fès, classée au patrimoine mondial de l’Unesco devrait bientôt faire peau neuve. L’année dernière, L’Agence pour le développement et la réhabilitation a débloqué 30 millions d’euros pour rénover les 280 hectares de la vieille ville.