Le Londres des années 80 est tendance… Pas les années 1980 avec maquillage blafard et coupe en pétard mais les années 1880, où régnaient en maîtres les hauts de forme, l’inquiétant smog et Jack l’éventreur. L’esthétique oppressante de l’Angleterre de la deuxième moitié du XIXe siècle a la cote en ce moment: les séries «Penny Dreadful» et «Frankenstein Chronicles» ; le jeu «Dishonored 2» (dont 20 Minutes est partenaire) après «Assassin Creed Syndicate» l’année précédente ; le dernier film de Tim Burton, Miss Peregrine et les Enfants particuliers.

Mais qu’est qui fascine tant, en 2016, dans l’évocation de cette Angleterre gouvernée pendant soixante-dix ans par la très stricte reine Victoria ?

Une époque terriblement moderne

L’époque victorienne voit d'abord naître une figure fascinante: le dandy. Des hommes comme Beau Brummel, Lord Byron ou Oscar Wilde qui inventent la mode moderne (costumes sombres, cravate précieuse) et pour qui l’élégance prime sur la fortune. Ils apparaissaient comme de véritables révolutionnaires dans une société corsetée par les bonnes manières. «Le bourgeois veut être reconnu, le dandy ne veut que paraître», écrit Barbey d’Aurevilly dans son essai sur le dandysme. Chez les femmes les canons de beauté restent aussi très actuels: teint diaphane, maigreur extrême, yeux brillants... 

Pour Jean-Pierre Navailles, professeur honoraire de civilisation britannique à l’université Paris-Sud «l’ère victorienne a été un laboratoire du monde qui vient. C’est pour cela qu'elle nous parle tant. Le Londres de l’époque était la première mégalopole, une ville tentaculaire de cinq millions d’habitants, une cité des extrêmes où se côtoyaient misère noire et richesses énormes, pudibonderie hystérique et explosion de la prostitution, stabilité du pouvoir de la Reine et bouleversement sociaux… »

Une société binaire et écartelée qui donna naissance à d’immense mythes romanesques modernes : Sherlock Holmes (1887), Dorian Gray (1890), Dracula (1897… L’ère victorienne transposerait selon lui les inquiétudes qui traversent la société actuelle : la violence, la pollution, les dérives d’un capitalisme en roue libre, la montée en puissance de la technologie…  

La fiction à toute vapeur

Dans les années 1980, l’époque victorienne, un peu délaissée, retrouve une nouvelle jeunesse avec le courant steampunk inventé par les écrivains de science-fiction Tim Powers, James P. Blaylock et K. W. Jeter. L’idée était simple : transposer des romans dans un monde sans pétrole où le progrès a suivi les anticipations de Jules Verne, H.G. Wells et Albert Robida.

Oubliez fibres optiques, écrans plasma et design épuré pour laisser la place aux engrenages, aux tuyaux en cuivre et à l’acier riveté…  Ce monde a été exploité dans de nombreux films (Wild Wild West, Steamboy…) et jeux vidéo («The Order 1886», «Bioshock»…).

« La force du steampunk réside dans ses codes que tout le monde comprend. Les machines à vapeur, les cheminées d’usines et les ballons dirigeables font partie de l’imaginaire collectif, même les non-spécialistes comprennent immédiatement l’environnement de l’action », explique Etienne Barillier, auteur du Guide Steampunk (actuSF editions).

L’esthétique steampunk fascine également en mélangeant le chic des dandys décadents de l’époque d’Oscar Wilde avec des gadgets incongrus débordants de détails. « C’est un matérialisme pratique et beau à l’opposé de la société de consommation » explique Corentin, rédacteur en chef du site de l’association French Steampunk.

Et si vous tombez amoureux de l’époque victorienne, vous pouvez aller partager  votre passion aux Aperisteam qu’ils organisent. Mais attention redingote ou robe à corset indispensables !

>>>Retrouvez l'intégralité de notre dossier "Les secrets du jeu vidéo", réalisé dans le cadre de la sortie de Dishonored 2, le 11 novembre, sur PC, PS4 et Xbox One.