DÉCRYPTAGE – Pour beaucoup de participants à une course à obstacles, ni le temps ni le classement final ne sont une priorité. Alors, qu’est-ce qui les motive? Et que trouvent-ils dans cet effort hors du commun?

De la boue, de la sueur et rarement un chrono à l’arrivée. Depuis leur arrivée en France en 2010, les événements où il faut courir, escalader et ramper connaissent un succès fulgurant, comme en témoignent les 150 épreuves inscrites au calendrier en 2015. Mais, sorti de l'effet de mode, qu’est-ce qui peut bien motiver des milliers d’hommes et de femmes à s’inscrire à une course à obstacles?

Patrick Mignon, sociologue du sport, relève un premier élément d'explication: «Alors que la course à pied reste un sport assez individuel, ces nouvelles manifestations sont collectives. Il n’y a pas vraiment de vainqueur et, bien souvent, les épreuves supposent de s’entraider.» De difficultés et de distance très diverses, le développement de ces événements accompagnerait selon lui le rajeunissement de la population de runners pour qui, justement, courir ne suffit plus.

«Les participants ne sont pas motivés par l'exploit individuel»

Jean-François Alcan, le directeur de la D-Day Race, a pu le constater. Les 6.000 sportifs inscrits au départ de l’événement normand, samedi 28 mars, n’ont pas beaucoup à voir avec ceux des courses plus conventionnelles qu’il organise dans l’année: «Sur du running, la moyenne d'âge se situe entre 40 et 43 ans. Là, on est plus proche des 30.» Si l’âge diffère, l’esprit aussi: «Les participants ne sont pas motivés par le temps, l’exploit sportif individuel. Souvent inscrits en groupe, ils viennent passer un bon weekend et profiter d’un événement insolite pour s’amuser et se dépasser en groupe. Ils sont là pour s’éprouver, et voir s’ils peuvent relever le défi proposé par l'épreuve.»

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Sébastien Desbenoit, rédacteur en chef du magazine Aroo.fr, a une expression bien à lui pour parler des mérites des courses à obstacles. «C’est une allégorie de notre quotidien.» Bien que les tracas de la vie de tous les jours soient rarement physiques, «on peut très bien les aborder comme des obstacles, observe-t-il. Le fait de surmonter des épreuves qui vous paraissaient d’abord impossibles permet de reprendre confiance en soi, et de prendre conscience de ses moyens.»

Boost psychologique, les Frappadingue, Mud Day et autres Spartan Race? Il y a un peu de ça, reconnaît Hugo Steiner, pratiquant amateur depuis deux ans. «Quand j’ai commencé à m’y mettre, je cherchais un emploi et mes amis aussi. On s’imprimait des valeurs positives des courses pour ne pas se décourager. On avait du mal à trouver ce qu’on voulait, mais on ne laissait pas tomber pour autant. L’idée de franchir les obstacles devant nous était toujours là.»

Le plus collectif des sports individuels?

L'image est belle et la transposition de l’épreuve sportive à la réalité va comme un gant à la jeune discipline. Seulement, elle ne lui est pas propre, corrige le sociologue Patrick Mignon. «On a vu cette tendance se développer dans les années 80 avec le développement des activités de team building, l’essor de la course à pied et l’idée qu’il faut être entrepreneur de soi-même. Cet état d’esprit correspond à une vision dure de notre société, perçue comme une compétition, où il faut être affûté pour s’en sortir.»

En plaçant des reliefs qui nécessitent parfois l'intervention d'un concurrent ou plus pour être franchies, le genre de la course à obstacles ravive cependant la valeur du collectif. Sébastien Desbenoit en est convaincu: «Si vous voulez passer certaines difficultés vous allez devoir faire confiance à de parfaits inconnus. Cela vous force à sortir de la méfiance naturelle vis-à-vis des autres.» Hugo Steiner peut en témoigner. «Lors de ma première Spartan Race, au Canada, même si je ne parlais pas bien anglais, les concurrents n'ont jamais hésité à m'épauler ou à m'encourager. Cette ambiance m'a beaucoup plu.» Probable qu'elle plaira à de nombreux autres.