«Ne dites pas à un des nôtres que vous êtes un traileur après avoir couru Lyon, ça ne va pas lui plaire», sourit Michael Peyrin. Le coureur et créateur de LamiRicore.fr a plus d’une course dans les jambes. Dont quelques trails urbains, comme le Lyon Urban Trail. Dans ces épreuves en pleine ascension, le dénivelé des marches remplace celui des chemins de montagne, et le bitume parisien, nanterrois ou chartrain, les sentiers de randonnée. Une vingtaine de villes seraient concernées cette année. C'est encore peu comparé aux 1.800 trail référencés en 2015, mais, note Joël Doux de Trails Endurance Mag,  «chaque année on en voit apparaître deux ou trois de plus».

Tout est parti de Lyon. «A l’époque, on organisait le Lyon Free VTT, une randonnée à vélo à travers les plus beaux sites de la métropole», se souvient Romain Houzé, responsable du pôle running chez Extra Sports, l’entreprise qui a aussi créé le Lyon Urban Trail. «Il y avait énormément de ruelles, de passages et de traboules typiquementl lyonnais qu’on ne pouvait pas traverser en vélo. C’est là qu’on s’est dit : “Pourquoi ne pas le faire à pied ?”.» 1.500 coureurs font le déplacement en 2008 pour s’aligner au premier Lyon Urban Trail. Sept ans plus tard, fort de son statut de pionnier français, l’événement plafonne les inscriptions à 8.000 participants.

Une première approche du trail

Défini par l’International Trail Running association comme «une compétition pédestre ouverte à tous, dans un environnement naturel  avec le minimum possible de routes cimentées ou goudronnées », le trail descend donc de sa montagne pour s’installer en ville. Un déplacement qui n’a pas été sans poser problème. « Les premières années, on était un peu décriés, notamment par la presse spécialisée, reconnaît Romain Houzé, qui défend l’utilisation du terme de «trail urbain», « par la recherche de dénivelé sur des parcours sinueux ».

«Je ne sais pas si on peut appeler ça du trail à proprement parler», embraye Michael Peyrin. «Le concept est pas mal. Il permet de découvrir des petits passages sympas, mais c’est vraiment différent du trail tel qu’on l’entend classiquement.» Plus proche des bassins de populations de coureurs mais aussi plus accessible, avec des parcours compris en général entre 10 et 35km, le trail citadin joue dans une autre catégorie que les courses de campagne: «Je m’en sors très bien en montagne, mais, dans les escaliers, parmi 1.500 personnes, c’est pas du tout la même affaire. En trail, on est plus habitués à courir en petit comité.» Décrié par certains puristes, ce nouveau format a cependant de quoi ravir les amateurs de grimpe, selon le blogueur : «Il peut aussi bien offrir une première approche du trail au coureur sur route que permettre au traileur de travailler sa vitesse.»

Des chaussures sur-mesure

Ni roulant comme un marathon, ni aussi technique qu’un sentier rocheux, le trail urbain vient se loger dans un entre-deux. Salomon, dont les athlètes étaient présents dès l’édition numéro 1 du Lyon Urban Trail, est le premier équipementier à s’être positionné sur ce créneau. La marque a même déposé son propre concept, sous le nom de City Trail. «Notre première initiative en la matière remonte à quatre ans», rembobine Franck Largeault, Digital Marketing Manager chez Salomon. En 2011, le groupe met sur pied des séances de coaching en groupe. Ca se passe… à Lyon évidemment. «La marque était fortement positionnée trail, mais voulait aussi agrandir sa cible et répondre à un besoin d’accompagnement et d’équipement, de la porte de la maison jusqu’au sentier.»

Depuis, la marque a développé ce dispositif dans 31 autres villes françaises, sorti une application mobile de parcours City Trail, et créé une gamme de produits idoines. Plus légères et dotés de plus d’amorti que des chaussures de trail lambda, «les modèles City-trail permettent utilisation dans un contexte de changement de typologie de terrain et de texture permanent. Vous ne savez pas encore où vous allez courir mais vous avez déjà la chaussure pour le faire.»

Un public plus jeune et plus féminin   

A l’image de la marque française, les organisateurs d’épreuves visent un public de plus en plus large: «On voit aujourd’hui des trails urbains sur des villes assez plates à l’instar de Toulouse. On n’est plus dans la recherche de dénivelé mais vraiment dans la découverte touristique, plus intéressante pour le public qu’un 10km classique», témoigne Romain Houzé de Extra Sports.

L’agence organisera pour la seconde fois cette année une version nocturne de sa course. «On remarque un réel engouement des gens à participer à des courses décalées, avec notamment un public plus féminin et plus jeune que sur les versions de jour.» Les parcours sont d’ailleurs volontairement écourtés afin de permettre aux coureurs de profiter des boîtes de nuit, et autres attractions de la ville après s’être dépensés. Urbain jusqu’au bout.