INTERVIEW - Son blog fait référence parmi les amateurs de course à pied, et de trail en particulier. Le grand public peut à son tour découvrir le travail de Matthieu Forichon, et les (dés)aventures de sa mascotte René Charles, dans la BD «Des bosses et des bulles».

Matthieu Forichon

Matthieu Forichon. (c) Jérémie-Noiret

Du blog à la bande dessinée papier. Comme Margaux Motin, Pénélope Bagieu et d’autres avant lui, après avoir fait bonne impression sur le web, l’auteur de desbossesetdesbulles.com, Matthieu Forichon, passe à l’impression. Auto-produit, et financé par les fans, le premier tome de "Des bosses et des bulles" (Ed. René Charles) compulse plus de 250 illustrations, inédites pour certaines, sur le trail et la course à pied en général. Entre deux dessins, il revient avec nous sur la mode du running qui déferle sur la France depuis quelques années.

Ce n’est pas la première BD que vous publiez (« Par ici », « La clé du château rose »), mais comment vivez-vous le passage de votre mascotte, René Charles, du blog au papier?

C’est vrai que c’est un peu une consécration pour lui. Le passage au format papier de ce personnage était assez attendu. En un an et demi, ce petit bonhomme est passé de "coureur lambda" à "mascotte" du blog. De mon côté, la transition d'un support vers l'autre suit une certaine logique. Plus les dessins s’entassaient, et plus les demandes et l’envie étaient là.

Vous venez du monde du dessin publicitaire, d’où est venue l’idée de faire de votre passion un blog, puis un livre?

Ce blog sert en quelque sorte d'exutoire à mon emploi d’illustrateur, où je travaille plutôt à la commande. En lançant Des bosses et des bulles, je n’avais pas plus d’objectif que ça, sinon que le contenu soit humoristique et évidemment que ça marche un peu. Après tout, c’est le souhait de tout dessinateur que de partager son travail.

Vous avez recueilli plus de 7000€ en 30h sur la plateforme de financement participatif Ulule. Depuis le lancement du blog en 2012, vous vous êtes constitué une vraie communauté…

Pour rester dans l’univers du trail, je dirais que c’est la colline qui cache la montagne. Aujourd’hui, Des bosses et des bulles c’est quoi ? 12 000 visiteurs uniques par mois, 10 000 fans Facebook. Le blog reste tout petit dans un monde qui bouge très vite et où les gens partagent beaucoup. Un monde qui, en plus, est à la mode. On a la chance d’être pris là-dedans et de suivre le mouvement.

Des bosses et des bulles

 

Alors à qui s'adresse ce premier tome, « Premières foulées » ? Aux lecteurs du blog, coureurs confirmés, ou aux débutants qui n’y connaissent rien ou presque?

À tout le monde. Du compagnon de celui qui pratique le trail, parce que c’est un sport très intrusif, à ceux qui commencent à courir dans le parc le dimanche matin et qui, pris au jeu, décident d’aller un peu plus loin. Notre coureur, René Charles, renvoie d’ailleurs cette image. Loin d’être un expert, c’est le coureur au ventre mou du peloton qui joue le champion devant sa femme.

Vous parlez de mode du running et du trail. Qu’est-ce qui fait que cela « marche » autant selon vous?

J’ai une idée assez personnelle là-dessus. Comme beaucoup de gens j’ai un boulot très prenant. J’évolue dans un flux de gens qui vont vite, travaillent vite... De mon point de vue, le sport n’a fait que suivre la transformation opérée par notre vie sociale et professionnelle. Il y a eu changement d’allure : on ne marche plus, on court. On gravit en trois-quatre heures un massif que l’on aurait fait en une ou deux journées auparavant. Il y a également dans ce sport cette idée de défi, de récompense, mais aussi d'unicité dans l'objectif à atteindre. En dehors de certaines courses, les trails ce sont des petites victoires accessibles à tous, où l’on peut tous concourir. Enfin, c’est un sport très connecté, où le marketing est très présent. Bref, tout ce qui peut plaire à l’homme et à la femme modernes.

Dessin tiré de Des bosses et des bulles

Et vous, vous êtes plutôt connecté et soumis aux tendances?

Comme tout le monde, je pense. Un jour je vais critiquer et un autre acheter compulsivement. Les humeurs varient: des fois on a envie de simplicité, et d'autres fois on part habillé à la dernière mode de la tête aux pieds. René Charles est à cette image: il peut lui prendre de s'équiper comme un professionnel, alors qu'il ne va jamais rien gagner. Dans le lot, je ne vous cache pas qu'il y a des choses qui me dépassent parfois, mais tout ça fait partie de l'univers du trail, et donc, de mes sources d'inspiration.

Les bracelets intelligents, l'automesure etc. ça vous intéresse?

Je me tiens informé même si, personnellement, je ne me suis pas risqué plus loin que le GPS. De ce que j'ai pu voir, les applications dédiées au trail ne devraient pas tarder à débouler sur les montres intelligentes puis se démocratiser. Ça fera autant de pistes de dessins pour Des bosses et des bulles! Mais sans cynisme, toujours avec le bon esprit qui le caractérise.

Propos recueillis par Romain Gouloumès