«On a essayé de mélanger Candy Crush, WhatsApp et Runkeeper.»  On donne raison là-dessus à Brice Chapignac, cocréateur de SquadRunner. Entre le design polychrome, l'existence d'une fenêtre de tchat et de sorts magiques, son application de running n'a pas d'équivalent sur l'AppStore.

Disponible depuis ce jeudi 18 juin sur iPhone (une version Android est prévue avant la fin de l'année) et AppleWatch, la nouvelle concurrente de Nike+ et consorts offre au coureur l’opportunité de sortir de sa bulle de solitude en créant sa propre team de joggeurs. La vraie nouveauté, c’est la possibilité d’intégrer à l’effectif aussi bien son voisin de pallier, coureur du dimanche, que son ami marathonien installé à New-York. Seul critère à remplir, être ami Facebook.

Un modèle inspiré du football

running 1

Toutes les ligues portent des noms d'animaux. La plus basse: panda.

«Pour nous, faire tomber cette barrière était primordial, glisse Brice Chapignac. Historiquement le running passe pour un sport solitaire. Or, depuis quelques années, les groupes de running, à l’image de la Boost Energy League (ancienne Boost Battle Run), sont très à la mode.» Aussi nombreuses qu’elles soient, ces initiatives souffrent  toutefois d’un écueil aux yeux de la start-up tricolore : «Trouver un créneau qui convienne à tout le monde est souvent difficile. Ça complique considérablement la pérennité des groupes.» Sur l'application, rien n’interdit de courir à des heures ou des lieux différents de ses coéquipiers. L’important, c’est de rapporter des points. Qui vont de 8 à 12 par kilomètre parcouru, en fonction des bonus ou malus infligés par les autres coureurs.

Il y a un peu de l'esprit football dans SquadRunner. Regroupées dans des ligues aux noms d'animaux, les équipes s’affrontent par 10. Chaque mois, les meilleures teams passent dans la division du dessus, les moins bonnes descendent. Il existe donc un réel enjeu à s’élancer sur le bitume plutôt que de rester dans ses pénates.

De nouveaux leviers de motivation

Chaque mois, les trois premières équipes de la ligue passent dans la division supérieure.

Chaque mois, les trois premières équipes de la ligue passent dans la division supérieure.

Les créateurs de SquadRunner ont d’ailleurs mis l'accent sur les leviers de motivation pendant le développement de leur application. «Dans notre entourage, on ne comprenait pas pourquoi les gens n’arrivaient pas à se motiver à courir alors que dans notre groupe d'amis on y parvenait très bien. On s’est donc penchés sur les mécanismes de motivation dans le sport.» A leur grande surprise, ils ont découvert une imposante littérature scientifique sur le sujet (notamment les travaux de Philippe Sarrazin). «Ce qui nous a encore plus surpris, c’est le fait qu’aucune application ne suive les théories développées. On a donc décidé de les reprendre pour faire un jeu d’équipe.»

Les travaux retenus s’accordent sur un point, relève Brice Chapignac:  «L’homme a deux leviers de motivation: se prouver à lui-même qu’il progresse quotidiennement, et montrer aux autres qu’il est le meilleur. Tout le monde a un curseur entre ces deux sources. En prenant en compte le profil psychologique de chacun, notre jeu s’efforce de maximiser la motivation de tous les joueurs, du leader au suiveur.» Pour consolider l'esprit d'équipe, qui compte jusque 10 coureurs dont un capitaine, les joueurs peuvent communiquer entre eux depuis l’application mais aussi suivre en direct la course d’un coéquipier, l’encourager et même lui envoyer des bonus.

Une progression gratifiante

Avec 300.000 utilisateurs en ligne de mire d’ici à la fin d’année, la start-up française place ses espoirs sur son algorithme de création des ligues afin d'encourager les coureurs à persévérer, quel que soit leur niveau. «Dans les ligues basses, vous allez affronter les équipes proches de vous, géographiquement ou sur Facebook. En progressant, vous commencerez à vous frotter à des teams plus fortes, plus éloignées, jusqu’à rejoindre la ligue des 10 meilleures équipes de la planète. Chacun devrait y trouver son compte», conclut Brice Chapignac. Si l'application rencontre le succès escompté, elle réussira un curieux mariage, faire du running un sport simultanément solitaire et mondial.