C’est un flux ininterrompu de photos: des filles en maillot de bain, des salades aux graines de chia, des haltères de toutes les tailles. Connu pour ses photos de vacances ou de food, Instagram est également devenu le lieu où l’on maigrit. Une sorte de Weight Watchers 2.0, où les filles se regroupent en communauté autour de leurs coachs préférés.

Par exemple Karena et Katerina, les auteurs du programme de fitness Tone It Up, comptent 856.000 photos labellisées du hashtag #tiu. En France, les jeunes femmes se retrouvent sous le mot-clé «régimeuse», qui compte environ 500.000 publications. Le but: rester motivée.

Marwa, étudiante en kinésithérapie de 22 ans a rejoint il y a quelques mois le mouvement du Bikini Body Guide, un programme de remise en forme intensif. «A la base, mon compte Instagram n’étais pas dédié au fitness. Mais j’ai commencé à suivre des coachs et j’ai fini par faire pareil.» Elle poste depuis ses tenues de sport préférées, des plats sains qu’elle a concocté ainsi que ses performances sportives. «Ca m’a beaucoup motivée et je me sens mieux dans mon corps aujourd’hui.»

Valider ses efforts

TIU, BBG, Freeletics, autant de guides de fitness autour desquels les internautes se créent leur propre communauté à travers le monde. Elles s’entraident, s’encouragent dans les commentaires et échanges des astuces minceur.

Une photo publiée par @onelife_bbg le

«C’est comme un journal intime de régime. Un compte Instagram permet de mettre le pied à l’étrier et de se lancer. Ca me rappelle les forums sur la perte de poids d’il y a quelques années», observe Lucile Woodward, coach sportive et intervenante dans l’émission Les Maternelles.

Poster une photo de son plat équilibré ou le chronomètre de son dernier jogging revient à officialiser les efforts qui ont été fournis. «Les likes et les commentaires encourageants apportent aux internautes une reconnaissance dont elles ont besoin» poursuit Lucile Woodward.

Des progrès pour tout le monde

Le programme Bikini Body Guide qu’a choisi de suivre Marwa comporte 1,2 million de publications sous le mot-clé #bbg. Et notamment d’impressionnantes photos avant/après qui achèvent de convaincre celles qui hésitaient encore à s’y mettre. Pendant 12 semaines, les filles allient une alimentation saine à des exercices de renforcement musculaire et des sports d’endurance.

«Le problème, c’est que le même programme est appliqué à tout le monde. Il est censé apporter un résultat identique à toutes les femmes. Mais chacune d’entre elles a des problèmes particuliers qui demandent une réponse appropriée», souligne le docteur Jacques Fricker, nutritionniste à l’hôpital Bichat à Paris. Avec 3,1 millions de followers, il serait effectivement difficile pour Kayla Itsines de coacher une à une chaque femme qui suit son programme.

Les traces laissées sur le net

Pour mesurer le progrès parcouru, tous ces programmes encouragent les filles à poster des photos de leur corps. La technique est effectivement pratique et paraît plus objective qu’un simple chiffre sur la balance. Mais elle pose la question des traces que cela laisse sur internet. Car chaque photo postée sur Instagram peut être conservée par l’application.

Certaines préfèrent prendre les devants et jouer sur l’anonymat, comme Ariane, jeune parisienne de 25 ans, qui suit le programme Bikini Body Guide. «J’ai retiré quelques photos que j’avais postées à mes débuts. On voyait mon corps avant que je ne commence mon régime. Je ne pense pas qu'il est bon d'avoir ce genre d'images sur internet.»

Beaucoup de filles choisissent de garder leur compte Instagram secret pour pouvoir se lâcher. Elles ne le mentionnent pas à leurs amis et ne montrent pas leur visage. Sur l’application, Ariane a choisi de s’appeler Frenchfitgirl. «Grâce à ce compte dédié, je n'embête personne avec mes histoires de pertes de poids et de sport. La plupart de mes amis ne savent d'ailleurs pas que je suis le programme», confie-t-elle.

Corps huilés et abdos matinaux

Car sur Instagram, les photos répondent à une certaine esthétique: des corps huilés, des muscles saillants, des postures lascives. Pas le genre de photos qu’on montrerait à toutes ses connaissances. D’autant plus qu’elles tiennent en haleine l’ensemble de la communauté.

«Aussi bien les comptes des coachs que ceux des followeuses relèvent du storytelling. On crée une sorte d’intrigue qui se développe. Les filles se demandent si les copines vont y arriver, quelles nouvelles étapes elles vont réussir à franchir. On est tenu en haleine», résume Pauline Gauquier, sémiologue et maître de conférences à l’université Paris 5 Sorbonne.

Une obsession du fitness si développée qu’elle pousse parfois à faire des petits arrangements avec la réalité. Sur Instagram, les internautes s’encouragent à poster leurs «morning abs», comprenez «abdos du matin». Sur les photos prises à jeun, les muscles abdominaux ressortent plus quand ils sont contractés. Après le petit-déjeuner, le ventre est moins plat et le dessin des muscles moins marqué. Chacune a ses techniques pour que la photo soit la plus esthétique possible.

Natacha* s’est lancée dans le programme Freeletics avec un compte Instagram pour poster ses progrès. «Je prends les photos sur un fond blanc, le matin, parce que la lumière naturelle est plus jolie qu’un néon. Je déclenche mon appareil à distance pour pouvoir me prendre en entier. Comme je suis tellement déprimée par l’aspect de mes fesses, je me tourne un peu pour récupérer ‘le’ bon angle où c’est le moins pire», confie la jeune sportive.

Difficile parfois de distinguer ce qui est réel et ce qui relève de la vitrine Instagram que chacune se crée. C’est ainsi que certaines fitness girls tirent leur épingle du jeu en misant sur la carte de l’honnêteté. Sur leur compte, elles montrent leurs bourrelets tenaces et leurs visages suants après le sport. Une image réaliste de l’effort, finalement.

*le prénom a été modifié.

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