Avec son groupe de joggeurs, les Crazy Runners, Eric Schwartz s’entraîne trois fois par semaine depuis une quinzaine d’années. Un jour, son ami Sylvain Pasquinelly ne pouvant les rejoindre au Bois de Boulogne, annonce qu’il courra malgré tout les 16 km convenus à 9h30 depuis son lieu de week-end. Il avait ainsi «l’impression de courir un peu avec nous», se souvient Eric. L’idée d’organiser une course simultanée dans plusieurs villes de France a tout de suite germé. Les deux amis se sont donc lancé dans l’aventure et ont créé Les 10 km de l’Hexagone. La première édition se tenait dimanche 28 juin 2015 en faveur de l’Union nationale en faveur des traumatisés crâniens, et mettait en compétition huit villes de France et 4000 coureurs.

Un phénomène sociétal et solidaire

Si le running ne prétend par s’ériger au rang de religion, il fédère nombre d’adeptes à qui les courses classiques ne suffisent plus. «Le monde s’est globalisé, on pratique tous le même sport et les gens ont besoin de se challenger. Les courses simultanées, voire connectées, répondent à ce besoin», explique Boris Pourreau, co-fondateur et CEO de Running Heroes. Avec l’Unicef, ils ont créé la première course connectée du monde: l’Unicef Heroes Day. Une simple application de running comme Runstastic et une inscription sur leur site suffisaient à faire partie de l’aventure solidaire.

Car la solidarité, et non le chrono, est bien le maître mot de toutes ces initiatives qui séduisent les runners. Pour preuve, 101.280 concurrents, répartis sur 35 pays, ont pris le départ de la deuxième édition de la course Wings For Life World Run, organisée par Red Bull, le 3 mai dernier. L’objectif des participants? Courir autant qu’ils peuvent pour la recherche sur la guérison des lésions de la moelle épinière. Plus que jamais, le running a donc le pouvoir de réunir les gens. «On n’a jamais eu autant besoin de ça. De s’ancrer, s’imprégner, s’immerger dans une communauté. C’est en partie à cause de l’échec du religieux et du politique. C’étaient des lieux de rassemblement pour de grands idéaux qui sont un peu tombés», décrypte Catherine Lejealle, sociologue et auteur de «J’arrête d’être hyper connecté» (éditions Eyrolles).

L’important c’est d’être «connecté»

En termes de logistique rien ne diffère d’une course classique. Tous les coureurs ont une puce qui permet de recueillir leur performance pour se mesurer aux autres dans le classement final. Selon les concepts, la distance, le parcours et l’heure de départ de la course ne sont pas toujours prédéfinis. Ce genre de compétitions est-il donc vraiment équitable pour les participants? «Ce n’est pas dramatique s’il n’y a pas les même difficultés, l’idée c’est de se bouger ensemble… La course à pied est devenue très communautaire», répond le co-fondateur des 10 km de l’Hexagone.

«Le sport c’est un effort, c’est difficile. Quand on est porté par les autres, on va plus loin, et c’est plus agréable. Nous sommes des animaux sociaux. Contrairement à ce que l’on dit, le digital ne déshumanise pas, il permet de tisser des liens, de rencontrer des gens, c’est génial», note la sociologue. Et ce n’est certainement chez Running Heroes qu’on dira le contraire. Avec 5552 participants et 36 pays représentés le 19 avril dernier, l’Unicef Heroes Day a réussi à retranscrire l’ADN d’une course tout en étant dématérialisée.

«Il était possible de se créer une équipe, partager des photos via un hashtag collaboratif, suivre les performances de ses amis, pouvoir se comparer avec le classement et le partager. Selon l’argent investi (5€, 15€ ou 35€) on pouvait être aux couleurs de l’événement avec des lacets ou un tee-shirt», détaille Boris Pourreau. Et si finalement on ne courrait pas qu’après le bien-être et la performance, mais qu'on souhaitait aussi donner du sens au running avec une bonne dose de convivialité?