DÉCRYPTAGE - Comme un lecteur DVD qui aurait soudainement appris à lire les Blu-Ray, le Withings Pulse a gagné une fonction. Depuis le mardi 22 avril, ce capteur gros comme le doigt sait mesurer la concentration en oxygène dans notre sang. Comment et, surtout, à quoi ça sert?

Et si du jour au lendemain votre machine à café se mettait aussi à toaster vos tartines? C’est peu ou prou ce qu’ont vécu les possesseurs d’un Withings Pulse. Ce petit trackeur d’activité de 8 grammes cumulait déjà plusieurs fonctions, dont la plus célèbre, la mesure du rythme cardiaque. L'entreprise française  vient de lui en ajouter une: voilà qu’il sait compter l’oxygène dans le sang. Pour l’utilisateur, pas de module à acheter ou de version nouvelle génération à acheter, comme ont pu nous y habituer certains fabricants. Une mise à jour logicielle plus tard et le minuscule appareil est prêt à jouer les docteurs.

La fonction a été débloquée le mardi 22 avril, mais la décision de l’incorporer remonte bien avant. «La mesure de la fréquence cardiaque était notre priorité au moment de la sortie, mais l’on savait que le Pulse prendrait tôt ou tard la mesure en oxygène dans le sang. On avait donc prévu dès le départ une source lumineuse supplémentaire dans le produit», explique Kevin Cohen, chef de produit chez Withings. Pour observer l’afflux sanguin à l’intérieur du doigt et calculer le rythme cardiaque, le Pulse colore le sang à l’aide d’une LED verte. Sa comparse rouge et infrarouge peut désormais en faire de même avec l’oxygène. L’algorithme de calcul a été bien sûr adapté pour être le plus précis possible, assure la marque.

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Un capteur désormais complet

La fonction ne révolutionnera pas la santé ou le bien-être des Français. Pour Withings, elle vient compléter l'éventail de mesures déjà effectuées par le Pulse et les autres appareils de la marque. Seul, le SPO², exprimé en pourcentage, renseigne sur le niveau d’oxygénation du sang, plus ou moins élevé selon l’état de forme de l’individu. Car la quantité d’oxygène transportée dans les globules rouges varie en fonction de notre santé. «Une personne en bonne santé est au dessus de 95% la plupart du temps», indique Kevin Cohen. Les sportifs ont logiquement un SPO2 élevé. «On constate par exemple que, avec l’entraînement, le rythme cardiaque a tendance à baisser et la concentration en oxygène à monter», ajoute Kevin Cohen, pour qui  «les deux métriques, résument bien la santé cardiaque et l’hygiène de vie de l’utilisateur.» Parmi les facteurs qui agissent sur le SPO², l’altitude, la cigarette.

Le corps médical, lui, prend la nouvelle avec des pincettes. Certifié par la FDA aux Etats-Unis, le capteur n’est, en France, pas considéré comme un produit médical et, à ce titre, pas soumis aux mêmes exigences. Enthousiaste des nouvelles technologies, le docteur Bruno Housset fait plutôt bon accueil à l'objet: «L'indicateur est utile en lui-même. Normalement, vous ne devez pas désaturer et votre taux doit rester au dessus de 92%. Mais si vous avez une maladie cardiaque, par exemple, le taux peut diminuer. Si cela se produit, il y a un problème, il faut voir un médecin.»

Sur des individus en bonne santé, l’intérêt de posséder cette donnée est cependant proche de zéro, nuance-t-il: «Dans la vie de tous les jours, je ne suis pas sûr que cette nouvelle information soit utile. Pour la prise en charge de patients, c'est autre chose.» Le docteur se projette, ajoutant le minuscule tracker à sa panoplie d'outils. Le Withings Pulse pourrait servir à dépister l’apnée du sommeil et surveiller l'efficacité du traitement sur le patient. Cette maladie, qui touche 6 à10% de la population selon médecin, se traduit par une baisse de la saturation du sang. Mais il faudrait d’abord que l’objet soit comparé et validé scientifiquement. Et c’est peut-être beaucoup attendre d’un capteur qui nous a déjà surpris par une fois.

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Romain Gouloumès