TEST – Après le lapin Nabaztag, Rafi Haladjian donne naissance à Mother. Présentée comme la «mère juive des objets connectés», elle commande un bataillon de capteurs à porter, coller, ou attacher.

Les murs ont, dit-on, des oreilles. Ma brosse à dents, mon lit et, plus récemment, mon frigo ont, eux, la langue bien pendue. Depuis quelques semaines, par le biais de petits capteurs, simplement accrochés ou collés, les objets ont appris à communiquer. «Votre nuit moyenne de sommeil dure 6h29» me dit le lit. «Romain s’est très bien brossé les dents», résume la brosse. Le frigo est moins bavard. La porte a été ouverte plusieurs fois entre 21h43 et 21h50 le lundi 29 septembre, me dit-il. Sans doute une envie de grignotage tardive…

Jusqu'à 10 mesures différentes

Cela fait trois semaines que Mother (290€), le vaisseau mère qui commande cet escadron de petits capteurs, a fait son entrée dans mon foyer. Après déballage et branchage de la station, les quatre «motion cookies» l’accompagnant ont rapidement trouvé leur attribution. Quelques minutes suffisent à décider, sur son ordinateur, de qui mesure quoi.

>>>Lire l'edito d'Emmanuel Gadenne, "La Mother a une application pour chaque besoin"

Selon le besoin, les capteurs, pas plus grands qu’un doigt, se glissent dans une poche pour devenir podomètre ou se collent à une porte pour jouer les systèmes de sécurité. En tout, ils peuvent endosser dix fonctions différentes. Trois autres, dont le suivi de l'arrosage des plantes et la consommation d'eau, sont en cours de développement.

Des capteurs multi-tâches

Depuis son perchoir, Mother peut avoir le sourire. Sous ses airs de quille de bowling, la reine collecte passivement les informations en provenance de ses abeilles ouvrières. 24 peuvent butiner de la donnée simultanément. De quoi équiper toute la famille et se lancer des défis collectifs à qui se brosse mieux les dents, mesurer sa consommation de café ou les allées et venues dans son domicile.

L'exercice est d'autant plus facile que les capteurs ne demandent aucune manipulation, ni recharge (la pile d’un capteur dure entre 6 et 12 mois). Pas de bouton à actionner  et, par conséquent, pas d’oubli ou de lassitude. A cet égard, l’expérience Mother est clairement concluante. La qualité de mon sommeil est mesurée chaque nuit quand, avec un bracelet connecté, j’oubliais une fois sur deux d’activer le suivi. Même constat pour la marche. Le capteur qui me sert de podomètre s'est glissé sur mon porte-clé pour me suivre dans tous mes déplacements.

L'interface, simple et lisible

Les manipulations principales s'effectuent depuis l’ordinateur tandis que les inferfaces mobiles font office de relais. Plusieurs fois par jour, l’écran de mon smartphone s’anime sous l’action de l’application «Pocket mother». Tatillonne au possible, ma «mère» me rappelle de me brosser les dents dans les créneaux que je me suis fixés. Elle n'oublie pas non plus de me dire quand je n’ai pas atteint mon objectif quotidien de 10.000 pas.

A la différence de l’immense majorité des services existants, les données ne sont pas délivrées brut. En tout cas, pas uniquement. Sur la page d’accueil de l’appli, des blocs de couleur donnent un aperçu rapide et concis de ses mesures. En bleu les bons points. En rouge, les moins bons. Il peut s’agir d’un temps de sommeil insuffisant, d’une consommation élevée de café ou d’une journée trop peu active.... Pour l'encourager à repeindre son écran aux couleurs du ciel, l'utilisateur peut demander à sa mother des récapitulatifs ou des messages quotidiens. Attention toutefois au trop-plein d'informations. Pour ma part, j'ai préféré me contenter de bilans hebdomadaires.

Une mère 2.0 qui a ses défauts

Comme toutes les mères, celle de Sen.se n’est malheureusement pas parfaite. Plus comptable que détective, la maman 2.0 a tendance à ne voir qu’une partie du problème. Sans jamais associer les indices à sa disposition. Par exemple, elle ne fera pas le parallèle entre l’activité physique en journée et la qualité du sommeil, ou entre vos insomnies et votre consommation de café. L’interface mérite elle aussi quelques ajustements. Un onglet «Vous avez beaucoup moins bien dormi cette semaine» qui mène sur le bilan de la dernière nuit quand on attend un débriefing complet... Décevant.

Après trois semaines d’utilisation, la question qui se pose est: Mother a-t-elle eu une quelconque influence sur mon comportement? Difficile à dire. Je ne me brosse pas plus les dents qu’avant. Je marche, je dors, et je grignote toujours autant. La connaissance de mes habitudes, en revanche, a considérablement évolué. A en croire Mother, mon hygiène buccale comme mon niveau d'activité physique sont irréprochables. Mes nuits un peu moins, bien que dans les limites du raisonnable. Je ne savais pas tout cela avant de commencer, et nul doute que Mother m'aiderait à me relever en cas de chute de mes mesures. Rassurant, exactement comme une vraie maman.

Romain Gouloumès