PSYCHOLOGIE - Comme une Cocotte-Minute, quand la pression est trop forte certains explosent. Rencontre avec un mal-être aux multiples visages.

«Je me suis réveillée dans la nuit. Je ne pouvais plus respirer. Mon corps se tordait comme un vers. J'avais l'impression d'être dans une boîte avec l'impossibilité d'en sortir.» Catherine*, 24 ans, raconte ce qui lui est arrivé au début de l'été: un burn out , également appelé épuisement par le travail.

La jeune francilienne occupait un poste de rédactrice au sein d'une grosse société menacée par un plan social. La pression s'ajoutait à d'autres problèmes personnels.

«Au bureau, j'avais envie de frapper les gens pour un rien»

De fil en aiguille, le piège s'est refermé. «Je me surmotivais pour être au top, poursuit-elle. Mais au fond, plus rien ne me satisfaisait. Je dormais tout le week-end. Au bureau, j'avais envie de frapper les gens pour un rien, je pleurais sans cesse. Le pire, c'était dans les transports en commun. Un jour même, je suis allée jusqu'à pousser violemment quelqu'un.»

Comme Catherine, nombreux sont ceux qui en viennent à disjoncter. Cette expression du langage courant s'est banalisée au point de ne plus vouloir dire grand chose. Si le pétage de plomb n'est pas une pathologie en soi, qu'est-ce que c'est au juste?

Bien souvent, la personne affectée souffre des mois en silence et la crise subite survient à la suite d'un élément déclencheur comme une rupture ou une remarque déplacée, explique Sandra Fingerhut, psychologue clinicienne dans le 17e arrondissement de Paris.

Surmenage, crise de vie et épuisement

Selon elle, plusieurs facteurs peuvent être à l'origine d'un pétage de plomb: un surmenage professionnel, une crise de vie (ou crise de la quarantaine), un épuisement maternel... La personne se met à agir de manière inhabituelle allant jusqu'à «s'en prendre aux autres», développe la psychologue.

Cela se traduit parfois par une agression verbale et/ou physique ou par la destruction de biens. «D'autres vont se faire du mal»: alcool en excès, drogue, troubles alimentaires, scarification, tentative de suicide.

Lors d'un pétage de plomb, des trous de mémoire donnant l'impression d'agir sans en avoir conscience peuvent survenir. Mais comme le révèle Sandra Fingerhut, la plupart du temps, la crise se caractérise par une tachycardie (augmentation du rythme cardiaque) suivie d'une «descente».

D'après le Centre d'études sur le stress humain (CESH), en situation de stress, le cerveau sécrète des «hormones telles que l'adrénaline et le cortisol» ou l'endorphine qui vont permettre au corps, pourtant épuisé, de se mettre en action. Catherine se souvient que le soir de sa crise, son corps lui faisait mal (ses muscles se crispaient) alors même qu'elle était si fatiguée.

Un suivi sur le long terme pour s'en sortir

Le médecin qui a pris en charge la jeune patiente lui a administré un anti-dépresseur et signé son arrêt de travail. S'en sont suivis un entretien avec une psychothérapeute, des séances hebdomadaires de sophrologie et surtout du repos.

Catherine reconnaît avoir eu du mal à comprendre qu'elle avait besoin d'une pause. «Je culpabilisais de faire un burn out à 24 ans. Avec le recul, je m'aperçois que le moment où ça lâche, tu ne le vois pas, ça arrive d'un coup.»

Garance Fogarty

*Le prénom a été modifié

>>> Retrouvez l’ensemble de notre dossier «Pétage de plombs» réalisé à l’occasion de la sortie au cinéma du film Les nouveaux sauvages le 14 janvier 2015 qu'il est possible de voir en avant-première