EXPLICATION - Derrière un «pétage de plombs» se cachent syndromes et symptômes divers. Certains signes annonciateurs d'une crise permettent pourtant d'éviter le pire s'ils sont reconnus à temps.

Anxiété, crise d'angoisse, perte de confiance ou encore trou de mémoire... Nombreux sont les signaux d'alerte liés à un burn out ou à une crise existentielle. Ces syndromes et leurs symptômes poussent l'individu à sombrer sans forcément qu'il ne s'en aperçoive dans l'immédiat.

Lucile, 32 ans, peut en témoigner: «J'étais en dépression, mais à l'époque je ne m'en rendais pas compte. En revanche, je doutais de plus en plus de ma capacité à m'occuper d'un bébé.»

En 2013, son «épuisement maternel est diagnostiqué après huit mois d'appel au secours», comme elle l'écrit sur son blog. Contactée par téléphone, Lucile revient sur le calvaire qui a bien failli la tuer: maman d'un premier enfant, elle donne naissance à un second fils. Mais le nouveau-né ne cesse de pleurer. Puis, les larmes laissent place aux cris. Lucile voit bien que quelque chose cloche mais personne ne l'entend.

La privation de sommeil vécue comme un acte de torture

«On ne dormait plus ou seulement par tranche de trente à soixante minutes. Le plus petit nous réveillait jusqu'à quinze fois par nuit.» Vertiges et fatigue extrême, trous de mémoire et perte de poids. Elle avoue, de rage avoir tapé sur les portes et les murs pour se défouler.

Cet épuisement émotionnel est justement la première phase du burn out, d'après le docteur Jean Cottraux, psychiatre à Lyon, qui a travaillé sur la question. «Mais il ne faut en faire une généralité», insiste-il. Au fur et à mesure, Lucile s'isole et s'oublie. «Je ne prenais plus soin de moi. C'est simple, j'ai vécu hors de mon corps pendant un an.»

Au bout de quelques mois, on diagnostique à son bébé plusieurs problèmes de santé à l'origine des cris. Mais la descente aux enfers continue. La vie sociale de Lucile et son couple – même si son mari la soutient - sont au point mort.

Avec ses enfants, ses gestes deviennent mécaniques. Cela correspond à la deuxième phase du burn out, toujours selon le psychiatre, caractérisée par la «déshumanisation des relations» et ce, pour économiser les réserves d'énergie.

Lucile en arrive à penser: «Sois je m'en vais, sois je vais mourir... de fatigue». Aussi, «il m'arrivait de m'imaginer sauter par la fenêtre, non pas pour me faire mal – pas du premier étage – mais pour me sauver.» Le sentiment d'échec, de perte de confiance en soi est la troisième phase avant la chute libre, explique le docteur Jean Cottraux.

Le corps lâche

L'an dernier, alors qu'elle se promène avec ses enfants, elle s'effondre. Verdict: un simple malaise vagal (une baisse de tension), selon son médecin. Pendant quatre jours, Lucile est incapable de se lever.

Il aura fallu encore des semaines de souffrance avant que ne soit posé sur son mal-être le syndrome d'épuisement maternel. Mal détecté, il cause pourtant souvent d'irréparables dégâts.

Comment éviter d'en arriver là? Pour Sandra Fingerhut, psychologue clinicienne dans le 17e arrondissement de Paris, le meilleur moyen de se protéger d'un pétage de plomb est encore «de s'écouter et de s'exprimer au fur et à mesure». Un avis que partage Lucile: «C'est en en parlant que l'on trouve des solutions.»

Garance Fogarty

>>> Retrouvez l’ensemble de notre dossier «Pétage de plombs» réalisé à l’occasion de la sortie au cinéma du film Les nouveaux sauvages le 14 janvier 2015 qu'il est possible de voir en avant-première