Les humains ne sont pas les seuls à connaitre des divergences sur leur âge de départ à la retraite: «Les trotteurs courent jusqu’à 10 ans. Les purs sangs (utilisés pour les courses de galop) concourent moins longtemps car leurs propriétaires les mettent à la reproduction rapidement pour gagner plus d’argent. En principe, ils s’arrêtent dès l’âge de 4 ans», explique François Gorioux, délégué national pour la filière course à l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE).

Ainsi, après avoir fait péter le chrono pendant plusieurs années, les champions prennent le chemin des prairies pour assurer leur descendance. Mais derrière l’avenir radieux des cracks, les moins talentueux restent encore, chaque année, nombreux à finir à l’abattoir à défaut d’être rentables. Un problème de taille pour les institutions, qui tentent de changer la donne.

La reproduction réservée aux meilleurs

Chaque année, quelques 5.000 poulains purs sangs (la France est le 6ème producteur de coureurs au galop) et près de 1.000 poulains AQPS (Autre que pur sang, destinés aux courses d’obstacles) viennent au monde pour faire le bonheur des parieurs et de leurs propriétaires: «La finalité des courses est la reproduction comme en témoigne l'existence de la SECF (Société d’encouragement à l’élevage du cheval français) qui organise des courses pour améliorer la race», commente François Gorioux.

Mais les règles sont strictes pour avoir le droit de reproduire, comme l’explique le représentant de l’IFCE: «Les trotteurs mâles doivent avoir atteint un certain niveau pour pouvoir saillir. La monte est possible dès l’âge de 3 ans tout en continuant la course, mais en général les propriétaires optent pour l’insémination artificielle pour économiser physiquement l’animal.» Pour les femelles, elles sont classées en six catégories et «seulement celles appartenant aux deux premières peuvent reproduire», ajoute-t-il.

Vers une deuxième vie

En Normandie, terre d’élevage de trotteurs, André Blée connait bien ce système: «Pour qu’une jument de course devienne poulinière, il faut qu’elle ait été qualifié pour les courses étant jeune et qu’elle ait progressé au cours de sa carrière.» Chaque année, environ 15.000 trotteuses-poulinières sont saillies pour produire dans le stud-book du trotteur français, répertoire où sont enregistrés tous les animaux de la race. «Pour courir, il faut être inscrit au stud-book. Comme pour une voiture, chaque cheval a sa carte grise», ajoute André Blée. Et chacune de ses juments pouline «jusqu’à 18-20 ans environ». L’éleveur assure également à ses poulinières une fin de vie sereine: «Je les garde pour leur retraite ou je les donne à des associations qui travaillent avec des personnes autistes.» Quant aux étalons, pères de ses futurs poulains, André les sélectionne en fonction des origines «pour éviter la consanguinité».

portraits, Bourbonnais

La semence de Ready Cash est la plus chère de France.

Selon Jean-Yves Lhérété, gérant du haras de Sassy à quelques kilomètres de là, «sur mes 14 étalons, les prix des saillies varient entre 1.000 et 11.000€. Ready Cash est le cheval le plus cher en France, sa semence vaut 35.000€». Chacune des 20 juments de l’éleveur «fait en moyenne une dizaine de poulains dans sa vie. On garde nos chevaux de cœur jusqu’à la fin de leurs jours. Quant aux juments "plus communes", on les revend».

«On limite le nombre de saillies pour éviter que trop de chevaux finissent à l’abattoir»

Dans le monde des courses de trot, les bons coureurs ont donc tout intérêt à reproduire pour que des poulains de qualité prennent le relais car «le marché fait la loi», selon François Gorioux. Si une partie des trotteurs partent vers 10 ans vers les élevages, d’autres prendront la direction des pays scandinaves ou de Malte où les chevaux peuvent courir plus longtemps qu’en France. Seulement voilà, il arrive parfois que les chevaux de course (qui commencent à courir dès 2 ans) boudent les terrains des hippodromes à 5 ou 6 ans. «Ils sont alors placés dans des centres équestres ou utilisés pour la chasse à courre car le cheval de course est un animal rustique et résistant», remarque le délégué à l’IFCE.

Il n’existe pas de chiffres exacts sur le nombre de coureurs qui sont envoyés à l’abattoir chaque année «mais depuis cinq ans il y a une grande prise de conscience», lance François Gorioux, avant d’expliciter: «Chaque année, on limite la quantité de juments saillies à 15.000 et le nombre d’inséminations artificielles à 100 par étalon afin qu’il n’y ait pas trop de chevaux par rapport au nombre de courses. On veut ainsi éviter que les chevaux finissent à l’abattoir.»

Favoriser la reconversion des animaux

15.000 saillies qui aboutissent à environ 11.500 naissances l'année suivante (la durée de gestation d'une jument étant de 11 mois). Le délégué national pour la filière course rappelle que «pour avoir le droit de courir, les poulains-trotteurs doivent se "plifier". 35 à 40% d’une génération de jeunes chevaux (ayant entre 2 et 4 ans) arriveront à passer cette épreuve (qui consiste à parcourir 2.000 mètres en 2,40 minutes)». Les 60% restant devront faire autre chose et, malheureusement, sont parfois envoyés au couteau. L’IFCE entend alors favoriser le placement des chevaux dans d’autres activités: «De plus en plus d’associations et de professionnels se mobilisent pour "réformer" les coureurs même si, souvent, la règle économique s’applique». De son côté France Galop (société qui gère les courses à cette allure) a signé en 2016 une charte sur le bien être animal qui s’engage, entre autre, à assurer une fin de vie décente aux chevaux.

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Trouver des solutions est le grand enjeu du monde des courses «car tous les animaux ne sont pas apte à faire du loisir, mais en tant qu’hommes de chevaux on essaye toujours de les recaser», déclare Jean-Yves Lhérété. Si à 10 ans il quitte l’hippodrome, l’espérance de vie d’un équidé est de 25-30 ans et il peut travailler jusqu’à ses 18-20 ans. Il reste donc au coureur encore de belles années devant lui si on lui permet d’en profiter.