Travailleuse acharnée, Collette Chassagne, ex-musicienne devenue entraîneuse de chevaux de course, s’occupe de 28 équidés 24 heures/24 et 7 jours/7. «Bref, on n’a pas de vacances, on vit pour les chevaux», annonce-t-elle. Dans son écurie sur le domaine de Grosbois (94), l'entraîneuse se donne du mal pour pouvoir gagner sur les hippodromes, et ça lui sourit.

Colette Chassagne dans ses écuries.

Colette Chassagne dans ses écuries.

Un métier difficile

Ce jour-là et comme tous les autres, Colette entraîne ses champions: « Chaque équidé a son programme en fonction des courses qu’il va courir dans la semaine.» Le matin, la driveuse de 52 ans atèle les chevaux au sulky, tandis que l’après-midi est réservé aux promenades. En bonne cheffe d’entreprise, son but est d’obtenir de bons résultats «tout en ayant le temps de gérer les papiers administratifs», explique-t-elle, sourire aux coins des lèvres mais le regard fataliste.

Colette entrain d’atteler son cheval.

Colette en train d’atteler son cheval.

Colette se lève tous les jours à l’aube pour nettoyer les boxes dès 6h. Ensuite, les entraînements ont lieu jusqu’au soir, entrecoupés par une petite pause de 30 minutes: «Parfois je n’ai même pas le temps d’enlever ma combinaison.» Si les journées sont intenses pour elle comme pour les animaux, Colette sait comment entretenir leur moral: «Mes chevaux vont au pré deux mois dans l’année. Je prépare leur alimentation moi-même en mixant divers ingrédients comme de l’avoine, du soja et de l’orge dans une bétonnière. J’essaye aussi de varier entre exercices montés et attelés pour que chacun de leurs muscles soit sollicité.» Cette année, l'entraîneuse a obtenu d’excellents classements en course, mérités selon elle: «J’ai des trotteurs de qualité. Ils ont gagné 12 courses depuis le début de l’année, mais j’ai travaillé dur pour arriver à ce score. C’est un métier difficile physiquement mais aussi moralement.»

Colette en partance pour la piste d'entrainement.

Colette en partance pour la piste d'entrainement.

D’autant plus pour les femmes

Colette regrette que les femmes restent encore très peu nombreuses dans ce milieu et en explique les raisons: «En tant que professionnelles, on est continuellement découragées. Le monde des courses de trot reste très sexiste et machiste.» Colette raconte une anecdote qui l’a particulièrement marquée: «Un jour j’ai été accusée de doper mes chevaux. Ils ont dû subir des contrôles vétérinaires. Je n’ai pas pu travailler durant une matinée entière le temps qu’ils vérifient les vaccins de tous mes animaux, qu’ils fassent des prises de sang et des analyses d’urine.»

Deux trotteurs au boxe dans l'écurie de Colette.

Deux trotteurs au box dans l'écurie de Colette.

Malgré tout, Colette continue de parcourir la France entière à bord de son camion «et de battre les hommes». Une rage de vaincre qui suscite des vocations puisque son fils de 13 ans, Marius, s’est à son tour lancé dans les courses de trot, attelé à son petit poney: «En 2013, à l’âge de 9 ans, il a remporté les championnats de France», raconte fièrement sa mère avant de repartir, accompagnée de ses deux salariés, échauffer des chevaux dans le froid hivernal. Ils reviendront une heure plus tard, la fumée s’échappant de leur nez et le poil trempé de sueur avant de passer par la case douche et de retourner au chaud dans leur box bien paillé.

Le poney de Marius a lui aussi son boxe dans l'écurie.

Le poney de Marius a lui aussi son box dans l'écurie.

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Le lendemain matin, le même rituel reprendra pour Colette qui a réussi à se faire une place dans ce milieu sans s’appuyer sur des relations en interne et sans avoir suivi de formation dédiée. L’outsider compte aujourd’hui sur ses compétences et sur son amour des chevaux pour continuer de briller à toute allure.