Avant d’entrer sur scène, le danseur doit penser à son costume, son maquillage et… à allumer sa Wii, une console qui captera les mouvements de son corps. Grâce aux progrès technologiques, les spectacles mélangeant les effets spéciaux aux gestes d’artistes sont de plus en plus nombreux.

«Avant, on mettait des capteurs sur le corps du danseur, ça limitait les mouvements. Aujourd’hui, il sont complètement libres», explique Maflohé Passédouet. En 1998, la plasticienne a créé la compagnie francilienne Mobilis Immobilis, l’un des acteurs majeurs de l’illusion en France. «Je voulais lier les savoirs scientifiques et artistiques», explique-t-elle.

Pour le plus grand bonheur des spectateurs, partagés entre émerveillement et étonnement. «En entendant la réaction du public, on a parfois l’impression d’être des magiciens», sourit William Jouve, danseur de la compagnie.

Un exemple de tableau de la Compagnie  francilienne Mobilis-Immobilis - Marine Laborie

Des illusions plein les yeux

Danse contemporaine, breakdance, hip-hop et même danse classique, toutes les danses y passent. En 2013, l’étoile Marie-Claude Pietragalla a intégré l’illusion dans son spectacle M. et Mme Rêve. Une vraie volte-face pour une danseuse classique. La raison de cet engouement? «Les effets spéciaux permettent de démocratiser les spectacles pointus et d’attirer un public plus large», explique le danseur.

«Un mouvement simple raconte autre chose avec une image. C’est dans l’air du temps, on essaie d’exploiter toutes les possibilités du numérique», explique Mourad Merzouki, directeur du Centre chorégraphique national de Créteil, qui a monté le spectacle onirique Pixels.

Comme dans un film

«Le numérique a changé toute l’écriture», approuve Maflohé Passédouet. «On pense avec ces interactions-là dès le départ. On recrée un ‘alphabet du corps’, c'est-à-dire des gestes que le danseur n’aurait pas faits avant car pour créer les effets, il faut faire les mouvements correspondants.»

Une technologie qui a oblige donc les danseurs à se mettre au pas et changer leurs habitudes. «Bien sûr qu’on danse différemment», explique William Jouve. «Ça m’a obligé à revoir mes fondamentaux. Quand je danse, j’ai l’impression d’être dans un jeu vidéo, comme dans le film Tron», sourit le danseur issu du conservatoire.

L'univers visuel du film Tron, sorti en 2010. LILO/SIPA

De gros coûts financiers

Avec l’image, qui attire tous les regards, la danse n’est-elle pas négligée? «Il ne faut pas perdre de vue que le public vient voir un corps en mouvement, pas un spectacle d’effets spéciaux. C’est une approche nouvelle pour le spectateur, mais il faut rester attentif sur l’essentiel: la danse», reconnaît Mourad Merzouki.

Sans compter que faire rêver petits et grands reste encore un art complexe. «Les programmes que l’on utilise sont très lourds. Par exemple, quand on envoie un nuage de particules, chaque particule a une intelligence artificielle», explique Maflohé Passédouet. «C’est aussi une question de moyens financiers.» Chacun de ses spectacles représente l’équivalent d’une petite camionnette de matériel à transporter, parfois à l’international.

Tant qu’ils le peuvent, ces chorégraphes qui ont fait le pari du numérique remisent ces difficultés au vestiaire. Et guettent les outils du futur qui leur permettront de pousser l’illusion encore plus loin.

>>>Retrouvez l'intégralité de notre dossier "planète breakdance", en partenariat avec le spectacle Red Bull Flying Illusion, qui se produira à Paris, Toulouse, Lille, Marseille et Lyon en novembre.