Hors de nos frontières, en Suisse ou au Québec par exemple, le mélange des générations dans les événements musicaux s’est opéré depuis déjà fort longtemps. En 2008, Rock en Seine et Terres du Son ont été les pionniers français quant à la création d’un espace exclusivement consacré aux enfants au sein de leur manifestation respective. Eric Boulo, chef de projet, coordinateur, programmateur, producteur et régisseur spécialisé dans les mini festivals raconte: «En tant que pères de famille, moi-même, François Missonnier de Rock en Seine, Vincent Carry des Nuits Sonores et Adrien Betra du Weather, nous avions une véritable volonté de partager l’expérience du festival avec nos enfants. Ce sont des sensations fortes que l’on ne peut pas vraiment transmettre, il fallait trouver un moyen de leur faire vivre la même chose à leur niveau.»

Un phénomène sociétal

Depuis, le festival de rock parisien a fait des petits. Les Nuits Sonores et les Solidays en 2010, mais aussi le Weather et Garorock en 2013, ou encore le We Love Green, Beauregard, Yeah! et bien d’autres. L’envie de partager n’est pas la seule raison au développement croissant des espaces et ateliers dédiés aux enfants dans les festivals. «La féminisation du public y est pour beaucoup. Lorsque l’on se rend à un festival, on y va rarement seul mais plutôt avec ses amis, son conjoint, sa promise… Quand madame gardait les enfants au domicile pendant que monsieur s’éclatait au festival, il n’y avait pas de problème. Maintenant elles sont de plus en plus nombreuses, voire plus présentes à Rock en Seine, au Printemps de Bourges ou aux Eurockéennes comme on a pu l’observer en 2014. Associer les bambins à la fête est une démarche logique», analyse Emmanuel Negrier, chercheur au CNRS et auteur de «Festival de musique, un monde en mutation» (éd. Michel de Maule).

Les mœurs et habitudes de vie changent avec le temps, et les festivaliers adolescents d’hier sont les nouveaux parents d’aujourd’hui. «Les jouvenceaux qui allaient aux festivals post bac, puis post études ont des rythmes désaccordés dans leurs tribus d’amis. Certains ont trouvé l’âme sœur, d’autres commencent dans la vie active ou font des enfants… Est-ce que cela doit nécessairement les couper de leurs pratiques culturelles, conviviales et amicales traditionnelles?», décrypte le chercheur. Aussi l’offre des festivals s’est adaptée pour correspondre parfaitement à cette mutation anthropologique.

Une programmation dédiée

«Si dans les années 50/60 on écoutait du rock par rébellion et l’on allait à l’encontre de ses parents, les enfants d’aujourd’hui font plutôt comme eux, et ils sont assez calés. C’est bluffant!», note Gwenaëlle Kerboul, chef de projet et de programmation pour Rock en Seine. Il s’agissait donc d’apporter la plus grande attention aux animations qui allaient leurs être proposées.

«Le but n’était pas de créer des garderies. On ne fait pas dans le centre de loisirs ni n’infantilisons les enfants. Il y a un véritable investissement de la part des festivals pour faire des minis espaces qui soient des laboratoires. Au Mini Weather, on propose des cours de DJing», intervient Eric Boulo. Et d’une année sur l’autre, les enfants en redemandent. Certains se sont même découvert une vocation pour la musique en créant leur groupe de rock!

«On recueille les avis des parents après coup. On connait leurs attentes. On fait tout pour que les codes du festival soient dans Mini Rock en Seine: un bar, un espace repos avec de la lecture, des ateliers, des initiations à la guitare, etc. Certains sont même déçus de ne pouvoir revenir l’année suivante car ils ont dépassé les 10 ans!», décrit Gwenaëlle Kerboul.