TENDANCE - Les festivals ont fait du genre leur spécialité. Et si le rock tient le haut du pavé, le hip-hop entend bien avoir sa part du gâteau…

«Il n’y a pas un festival de rock et/ou d’électro qui n’a pas de programmation hip-hop», affirme Jean-Marc Mougeot, directeur du festival lyonnais L’Original. Pour autant, ce courant musical peinait à émerger de manière plus large. Et pourtant, «il existe beaucoup d’événements hip-hop méconnus du grand public», précise Jean-Marc Mougeot.

«Après les USA, nous sommes le deuxième consommateur de hip-hop au monde. La France est une place forte de ce courant artistique», fait remarquer Dro Kilndjian, co-fondateur et programmateur du festival «né du hip-hop» Marsatac. Pas étonnant donc que des manifestations comme L’Original, le Paris Hip-Hop, l’Urbano Tour ou le Festival Hip-Hop Orléans se développent et prennent de plus en plus d’ampleur.

Une place à prendre

«Quand on voit l’importance des manifestations hip-hop dans des pays limitrophes tel le Splash! en Allemagne, c’est énorme! C’est peut-être plus compliqué chez nous d’amener quelques dizaines de gros artistes américains, analyse DJ Pfel, membre des groupes C2C et Beat Torrent. Il existe surement une crainte que ça ne ramène pas la bonne clientèle. A l’Urban Peace en 2008, il y a notamment eu le dérapage de Booba et du public.»

L’artiste, qui mixera sur la scène de la GreenRoom lors des Solidays, revendique la «structure et la colonne vertébrale hip-hop» de sa musique. Au regard de la proposition actuelle dans ce courant, notamment «avec des groupes comme 1995», il estime «justifié» que cette musique ait «une place plus importante. Même dans les line-up des festivals généralistes, il y a du progrès.»

Une grande diversité

Si le hip-hop s’impose peu à peu dans le paysage musical des festivals, c’est bien pour la large palette de sons qu’il représente. Pour Dro Kilndjian, il ne faut pas le catégoriser, le limiter à Booba, La Fouine et consorts. «Il y a une grosse richesse à l’international, ajoute le programmateur. Chez nous, Orelsan, notamment avec les Casseurs Flowters, a su faire un hold up sur ce courant. Il l’a sorti des clichés de la banlieue, en a fait quelque chose de fun et d’original avec une vraie personnalité.»

Et ce n’est pas Jean-Marc Mougeot qui le contredira: «La scène hip-hop a beaucoup évolué. Avec les Kendrick Lamar, ASAP Rocky, Kid Ink, Wiz Khalifa, l’émergence de rappeurs blancs, d’artistes skinny, pleins de tatouages et qui font du skate, le mythe du hip-hop bling a été cassé. Grace à ça, le jeune public (15/20 ans) est très intéressé.» Et quand on sait que l’âge moyen du festivalier est de 26 ans et sept mois*, il y a fort à parier que l’expansion des festivals hip-hop ne fera qu’accroître ces prochaines années.

Marion Buiatti

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*Selon une étude réalisée en 2013 par Nielsen et CGA Strategy en collaboration avec Digitick et Halloween Agency.