Une découverte pour le grand public, des talents confirmés pour les passionnés. Chomsky, oOgo, Mr Gib et Blanka font partie de ces artistes en transition. Depuis une dizaine d’années, La Fine Equipe confectionne La Boulangerie, des compilations expérimentales réussies (2008, 2011, 2014) et distille avec soin ses EP (Gremlins, 2013 et Love for Eva, 2014).

La cerise sur le gâteau? Ils ont monté leur propre label, Nowadays Records, qui produit Fakear, Everydayz ou encore Hoosky, la contraction du travail de Chomsky et oOgo. Fruit de leur labeur, ils ont reçu le prix Adami-Deezer il y a quelques mois. Dans leur studio parisien, ces adeptes du vinyle racontent leurs débuts avec le scratching et leur manière artisanale de travailler.

Chomsky vient de Paris et Mr Gib, Blanka et oOgo de Marseille. Tout est né là-bas?

oOgo: J’étais au lycée avec Blanka à Marseille et on passait du hip-hop sur des platines. Nous cherchions d’autres personnes intéressées et on a rencontré Gib en soirée. C’était très expérimental.

Mr Gib: Il y avait alors tout à faire dans le scratching, c’était tout nouveau. Les références dans le domaine n’existaient pas et on pouvait utiliser tous les instruments.

Que s’est-il passé ensuite?

oOgo : Une fois que nous avons eu une bonne base, on s’est vite lancé dans la production. Nous avons beaucoup participé à des émissions de radio où on mixait les artistes qu’on aimait, c’était aussi nos débuts en sampling. On faisait de la musique instrumentale pour des rappeurs.

Mr Gib: On a eu ensuite envie d’apprendre ce qu’était vraiment le son. Je suis monté à Paris en 2003 avec Blanka pour suivre une formation d’ingénieur du son, c’est là qu’on a rencontré Chomsky.

oOgo: Je les ai rejoints après pour créer notre structure avec notre studio. On n’a pas attendu que les autres viennent vers nous.

Vous ne pensiez pas intéresser les labels?

Dr Gib: On se disait que notre musique était très spéciale. Nous étions donc super contents quand on a eu les premiers retours positifs pour le premier volume de La Boulangerie. A l’époque, on pensait que ça serait le seul.

Chomsky: C’est un album de beatmaking. On voulait faire notre truc en réunissant nos productions. Ce type de compilation, ce format, n’existait pas à ce moment-là.

oOgo: Cette musique n’était pas populaire et on voulait que le public l’écoute sans avoir besoin d’une grosse culture musicale.

Il y a un côté très artisanal dans ce premier opus. Qu’est-ce qu’il représente pour vous?

Mr Gib: On avait mis les recettes dans le livret du disque pour expliquer comment avait fabriqué les morceaux… Et évidemment leurs noms étaient ceux de pâtisseries. C’est aussi un hommage à l’album, Donuts, de J Dilla qu’on aime particulièrement.

Chomsky: Dans le graphisme, il y a quelque chose d’assez sexy et féminin liée à la bouffe. C’était en contradiction avec cette période où le rap ne s’adressait pas aux filles.

oOgo: Ce sont les plaisirs de la vie!

Depuis, vous avez sorti deux autres volets, deux EP, créé votre label et il y a beaucoup d’artistes qui affectionnent ce genre. Qu’est-ce qui a changé?

oOgo: C’est vrai que cette musique est devenue populaire depuis deux ans, on trouve ça cool. Nous sommes contents de promouvoir ce mouvement et d’y participer.

Mr Gib: Ce courant a évolué et nous aussi. Notre live était très abstrait à nos débuts, on n’avait pas de formation musicale…

Chomsky : On faisait des gros mix de trois heures alors que maintenant c’est beaucoup plus structuré, c’est un vrai live. Il y a beaucoup de nouveaux sons et des nouvelles façons de faire. L'arrivée des nouvelles technologies permet aussi d'avoir un accès beaucoup plus rapide à la musique.

Est-ce que vous avez adapté votre manière de composer à la scène?

oOgo: A force de faire du live, on y pense désormais pendant qu’on compose.

Chomsky: Du coup, nos morceaux sont devenus plus longs.

Mr Gib: Avant, un sampler avait 10 secondes de mémoire et on fouinait dans des vieilles musiques. Maintenant, il y a la musique qu’on trouve chez les disquaires dans chaque ville où on va en tournée et celle des nouveaux artistes qui arrivent.

Comment regroupez-vous votre travail?

Chomsky: Le beatmaking est quelque chose de très solitaire. On bosse chacun de notre côté sur une base qu’on fait ensuite écouter aux autres. On compose partout. Le train est le meilleur studio du monde.

oOgo: Parfois, on se donne le temps du trajet pour créer un son pour le soir même…

En concert le 26 septembre au Big Bag Festival à Bagnères de Bigorre, le 6 octobre au Cargo à Caen, le 7 octobre au Chabada à Angers, le 8 octobre au Metronum à Toulouse, le 9 octobre à la Coopérative de Mail à Clermont-Ferrand, le 10 octobre à la Cartonnerie à Reims, le 15 octobre à la Laiterie à Strasbourg, le 16 octobre à la Machine du Moulin Rouge à Paris et le 23 octobre à l’Antipode à Rennes.