Ce n’est pas donné à tout le monde de faire le buzz en reprenant Diamonds de Rihanna. Et ça ne l’est encore moins de devenir ensuite une star de la radio. Mais quand le jeune Australien sort sa reprise fin 2014, c’est le succès immédiat. L’auteur de l’autre tube, Open Season (Une autre saison), ne l’avait pas vraiment prévu. «Mon album, Night Swim, était déjà fini quand c’est sorti.»

Dans une petite salle de cinéma du Palais de Tokyo, le jeune homme de 27 ans est de passage à Paris pour jouer au festival des Nuits Claires le soir même. En pleine tournée en Europe, il semble concentré malgré la fatigue. Francophone, il passe d’une langue à l’autre sans beaucoup de difficultés. «Tu peux poser les questions en français et je te réponds en anglais», précise-t-il.

Mais très vite sa passion pour la France et sa culture prend le dessus dans la conversation. «C’est devenu un titre commercial mais l’expérience diffère quand tu l’écoutes sur Virgin Radio ou sur France Inter», continue-t-il toujours à propos de sa reprise de Rihanna. Et il y a toujours un contexte, même à un succès commercial.

Rébellion et vrai départ

Né à Sidney, Josef Salvat a toujours fait de la musique. Il chante et écrit depuis son enfance. «Mais j’ai tout fait pour l’éviter car tout le monde me disait que j’allais finir dedans.» Le jeune Josef s’inscrit alors à la faculté de droit pour faire «sa rébellion». Les premiers jours sont décisifs. Très vite, il se rend compte de son erreur. «A l’époque, quand je commençais quelque chose, je devais le finir. Je suis moins comme ça maintenant.»

Il commence pourtant déjà sa transition vers la musique. L’année avant d’obtenir son diplôme, il décolle pour Barcelone pour se rapprocher de son objectif: Londres. «Le meilleur endroit pour faire de la musique car il n’y a pas de conformisme, une forte histoire musicale et des personnes très intéressantes.» Et quand on lui demande qui sont les artistes anglais qu’il admire, il répond simplement qu’il est plus influencé par une chanson et son histoire que par l’artiste. «Je ne suis pas un fan.»

L’amour des nuances

Définitivement, ce sont les «messages cachés et l’esprit d’un titre» qui l’intéressent. C’est peut être aussi pour cette raison que ses chansons partent souvent plus d’un sentiment que d’une histoire. A l’exception notable des titres Punchline et Hustler. Accompagné d’un piano pour composer, l’auteur trouve ça «plus facile que de détailler un moment». Plus facile de s’y identifier aussi. Mais Josef Salvat est un homme qui affectionne les contradictions.

Il a choisi Diamonds pour son côté tragique. «Ce sont quand même deux personnes qui s’échappent de la réalité avec la drogue» sur une musique de tube pop. Il aime contrebalancer: «Les paroles doivent trancher avec de la belle musique entêtante, ça libère.» En exemple, il cite la chanteuse Sia, auteure du titre. Cette contradiction, il l’assume complètement et la revendique: «Les gens aime avoir plusieurs interprétations d’une chanson.»

Amoureux de la France depuis qu’il y a passé un an lors d’un échange scolaire, Josef Salvat admire Brel, Gainsbourg, Godard et Daho. Une reprise de Week-end à Rome figure d’ailleurs sur son album. A première vue, cette chanson culte raconte un moment amoureux idyllique mais le décrit aussi comme une sortie de secours pour ce couple. «J’aime beaucoup le sous-texte. C’est bien dit, c’est relax et il n’y a pas de prouesses vocales.»

Une suite attendue

On retrouve cet amour de la seconde lecture dans le clip du tube Open Season (Une autre saison) où il  se moque de la célébrité et l’aborde avec beaucoup de second degrés. A ce moment-là, «tout a changé si vite, j’étais heureux mais je n’étais pas préparé». Malgré tout, l’auteur veut être impliqué dans la réalisation du clip, même s’il ne s’estime pas très doué. «Je voulais jouer sur les clichés de la musique pop avec des sous-titres.» L’exercice est périlleux: il faut à la fois être drôle et subtil sans devenir trop ironique et prétentieux. «C’était un peu quitte ou double», avoue Josef Salvat. Le résultat est sans appel : le clip propulse encore plus le titre en haut des charts.

Cette période paraît déjà loin pour le jeune chanteur qui prépare depuis 5 mois son prochain opus. Si Night swim était une «collection de titres écrits ces dernières années», celui-là sera très différent. «Je veux parler des choses qui me mettent en colère, explique Josef Salvat calmement. J’ai désormais l’opportunité de communiquer, alors autant faire passer un message.»