INTERVIEW - Ils vous feront danser sur Joe Dassin, Niagara ou Laurent Voulzy. Le duo parisien Get a room! se passionne pour la redécouverte de chansons méconnues.

Jeff Lasson traque les pépites oubliées et Aurélien Hass les arrange. Programmés à la glaçante soirée du Viking’s Call au Faust le 26 mars et à Solidays, le duo Get a room! ressortira des placards de vieilles chansons françaises pour faire chauffer le dancefloor. Rencontre avec Jeff Lasson au milieu de sa collection de vinyles.

Vous êtes des spécialistes de l’edit. En quoi cela consiste-t-il?

On récupère un morceau en vinyle, on l’encode, puis on le redécoupe dans un logiciel. Il s’agit de faire des boucles, d’enlever les parties qu’on n’aime pas, puis de rajouter des rythmes, des basses, des ambiances…

Pourquoi avoir choisi d’éditer de vieilles chansons françaises?

Faire des edits de musique disco, c’est redondant. On a trouvé ça rigolo d’aller chercher des pépites méconnues de la chanson française, à la musique et aux textes magnifiques. On n’a pas édité «L’été Indien» de Joe Dassin, mais plutôt «Jolie Annie» avec ses paroles tendancieuses. Le public est toujours surpris de découvrir ce genre de morceau en live.

Comment faire danser un public sur ce genre de musique?

Sur les edits comme celui de Niagara, on dévoile la voix le plus tard possible. Quand les gens se rendent compte que ça fait deux minutes qu’ils dansent sur Laurent Voulzy, ça les fait rire. Un jour, on a passé un edit de Sacha Distel par Cosmo Vitelli. Une fille est venue me demander qui chantait, elle ne m’a pas cru.

Quel est votre edit le plus mémorable?

Je dirais «It takes a muscle to fall in love» de Spectral Display, une sorte de reggae électronique de 1982. Super morceau, mais un peu court. On l’a allongé en y ajoutant un beat club. Et là, ça a été le carton intégral, joué par tous les DJs à la mode de l’époque. C'était une énorme surprise pour nous! Lars Von Trier voulait même intégrer cet edit à l’un de ses films. On était partant, mais ils devaient s’adresser aux ayant-droits. Spectral Display ne leur ont jamais répondu, mais ils nous ont contactés pour nous féliciter, sans essayer de nous poursuivre en justice.

Cette année, vous êtes programmés pour votre cinquième Solidays d’affilée…

C’était notre première grosse scène en 2010. Au début du set, je lève la tête et vois l'actrice Keira Knightley. Elle dansait incognito avec le chanteur de The Klaxons, qui jouaient le même jour. Autant te dire que pour notre première, on n’en menait pas large. Ce n’est pas évident de garder notre touche en festival, car il faut envoyer du son efficace. Mais on arrive toujours à glisser des passages de jerk ou sixties français.

Vous venez de sortir un premier EP. Comment êtes-vous passé de l’edit à la composition?

C’était très compliqué. On a mis presque deux ans à créer et jeter des morceaux pour ce disque. Mais c’était nécessaire, on ne peut plus se contenter d’edits et de remixes. La composition, c’est l’étape ultime pour perdurer dans le milieu.

Soirée Viking’s Call, jeudi 26 mars au Faust, à partir de 21h avec Na’Sayah et Kollektiv Turmstrasse