INTERVIEW – Après avoir fêté les dix ans de leur label l’année dernière, le trio revient cette année avec un nouvel EP Sho-Bro. Habitués des festivals français, Chinese Man revient sur une année spéciale et son indépendance.

2004. Le collectif de trip-hop, originaire d’Aix-en-Provence décide de créer son propre label, Chinese Man Records. 2007. Le morceau I’ve got that tune devient un tube et les fait connaître au grand public. Dix ans plus tard, Zé Mateo, High Ku et Sly ont écumé la plupart des salles et les festivals français et européens, ont sorti cinq albums et sont partis maintes fois en tournée. Tout en restant très libres.

Votre dernier EP rappelle beaucoup le hip-hop des années 1990. C’était une volonté particulière de votre part?

Sly: On puise notre inspiration principalement dans cette période du hip-hop. C’est sûrement plus évident sur cet EP. C’est pour ça qu’il était important que nous invitions des artistes majeurs de ce courant. C’est la première fois qu’on bosse avec A-Plus, Knobody et Pep Love et on apprécie.

High Ku: On le ressent surtout sur le tire Sho-Bro, il y a plus d'instrumental sur les autres et donc moins marqué. C’est un vrai kiff. A nos débuts, on n’avait pas accès aux rappeurs. Après ce n’est peut-être pas très vendeur mais c’est ce dont on avait envie.

Vous avez fête les dix ans du label l’année dernière avec une immense tournée des Zéniths de France et la sortie de The Groove Sessions vol.3. Ce n’est pas trop dur d’enchaîner?

High Ku: C’était une grosse année pour Chinese Man Records. Il y avait moins de travail sur cet album puisqu’il réunissait les artistes du label. Les concerts étaient aussi un projet collectif. On avait donc envie de recréer du son de notre côté et faire des remixs.

Zé Mateo: En tournée, on ne fait aucune production vu le rythme et l’intensité. On s'est posés après et on s’y est mis.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans cette tournée anniversaire?

Sly: Notre dernière date était au Zénith de Paris, c’était la première fois qu’on jouait là-bas. Ce moment là était très fort. Un sacré shoot d’adrénaline, c’était grisant!

High Ku: A la fin du concert, le public s'est écarté pour laisser monter sur scène tous les techniciens et les personnes du label. On a fait un gros after au Trabendo, c’était fou.

Zé Mateo: Nous avions déjà joué dans des Zéniths à l’occasion de certains festivals mais là, c’était le projet du label, produit avec toute l’équipe…

Vous êtes justement très souvent programmés dans les gros festivals. C’est quelque chose que vous affectionnez particulièrement ou ce sont les programmateurs qui vous réclament?

High Ku: Il y a d’abord le fait que dans notre courant musical, il n’y a pas trop de monde. Après, les programmateurs commencent à bien nous connaître aussi.

Zé Mateo: On fait aussi en sorte de proposer des choses différentes à chaque fois. Nous proposons des concerts évolutifs. Ça permet au public de ne pas assister à la même performance d’une année sur l’autre.

Sly: Et les programmateurs nous aiment bien!

Vous avez l’air de savourer sur scène…

High Ku: On aime à fond le live! Lorsqu’on est en studio, on emmagasine beaucoup d’énergie. C’est un vrai plaisir et on les gère mieux qu’à nos débuts.

Sly: Les premiers concerts, on se donnait à fond, on faisait la fête et au bout de trois soirs, on était crevés… On sait clairement mieux gérer notre énergie, nous sommes plus adultes!

Est-ce que vous pensiez rester indépendants quand vous avez commencé?

High Ku: Oui car personne s’intéressait à nous! (rires)

Sly: On voulait juste sortir un vinyle. On ne se projetait pas vraiment dans l’avenir. Aujourd’hui, on a notre méthode de travail et nous sommes rodés. Partir dans une major ne serait pas une solution.

Zé Mateo: Maintenant, on regarde un peu plus à long terme mais c’est aussi beaucoup pour le label. Nous cherchons plus à nous améliorer. A l’époque, nous pensions juste à des projets artistiques, la question de l’indépendance ne se posait pas.

Y-a-t-il un endroit où vous n’avez pas encore joué qui vous fait rêver?

Sly: Le Japon! Nous n’y sommes jamais allés. On adore leur culture, leur gastronomie, leur cinéma… Mais c’est aussi ça être un label indé. Nous serions chez une major, on aurait les infrastructures et les contacts nécessaires.

Zé Mateo: On pourrait y aller pour faire un DJ set. Mais notre projet de scène, c’est six ou sept personnes à emmener.

Avez-vous d’autres projets pour 2015?

High Ku: On va sortir à la fin de l’année un 6 titres avec le rappeur Tumi sur Chinese Man Records. Scratch Bandit Crew signe aussi son premier album sur le label. Et le nôtre ne sortira pas avant fin 2016, voire début 2017.

En concert le 25 avril à l’Insolent Collection Printemps à Lorient, le 26 avril au Printemps de Bourges, le 27 juin à Garorock, le 28 juin à Solidays, le 4 juillet à La Nuit de l’Erdre, le 10 juillet à Terres du Son à Monts, le 11 juillet aux Francofolies de La Rochelle, le 17 juillet aux Déferlantes à Argeles sur Mer, le 19 juillet au Dour Festival et le 6 et7 novembre au Trianon à Paris.