Camouflé derrière sa barbe poivre et sel et ses lunettes rectangulaires, Kem Lalot respire la sérénité. Pourtant, il est le programmateur d’un des plus gros festivals: les Eurockéennes de Belfort. Ce territoire, il le maîtrise puisqu’il y a grandi. En revanche, du métier de programmateur, il ne connaissait pas grand-chose à ses débuts. «J’ai commencé une licence d’histoire-géographie après le bac mais ça me branchait pas plus que ça», se souvient-il.

Membre d’un groupe de rock, il avait déjà quand même deux albums à son actif et organisait des concerts avec Part de tarte, une association. Viens ensuite le service militaire obligatoire transformé en service civique de 20 mois. «Je suis parti à Montbéliard à l’Atelier des Môles, une salle de concert.» Il retourna ensuite travailler pour l’association mais ne trouva que  peu de salles disponibles. Il se diriga alors vers le Noumatrouff à Mulhouse, le directeur le nomme programmateur. De 90 places, c’était désormais 700 personnes qu’il fallait accueillir. Et la série d’opportunités de continuer.

Des scènes locales aux Eurocks

En 2000, Jean-Paul Rolland était nommé directeur des Eurockéennes de Belfort. Il embauchât Kem Lalot et Christian Allex, les deux co-programmateurs du festival, avec un objectif ambitieux de réunir 30.000 personnes le temps d'un week-end. Le plus dur? «Le risque que ça ne marche pas.» Et la pression financière car le festival avait déjà une renommée internationale à l’époque. Leur but? «Changer l’image vieillotte progressivement.» Plus de hip-hop, plus d’électro, plus de musique du monde: une programmation plus variée en somme. Sans oublier de «miser sur les nouveautés pour retrouver un côté défricheur».

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Kem Lalot retient de ce parcours l’importance du do it yourself et un bon carnet d’adresses. «Il faut surtout une passion pour la musique, se dire qu’on consacre sa vie aux concerts et être ouvert d’esprit», conseille-t-il. Il a expérimenté cette dernière qualité: «C’était très rock à l’Atelier des Môles alors qu’en arrivant au Noumatrouff, on m’a demandé d’autres styles et ça m’a fait le plus grand bien.» Et d’accéder aux Eurockéennes de Belfort.

Apprendre soi-même et être passionné

Lorsqu'on est programmateur dans un festival de cette taille, il y a aussi beaucoup de négociations. «Passeur de sons et marchand de tapis.» Etre à l’affût des nouvelles tendances aide aussi à anticiper ses choix d’artistes. Depuis le mois de mai, Kem Lalot travaille sur ses têtes d’affiche pour 2016 alors que 30 festivals se tiennent ce week-end là en Europe. «On discute parfois entre nous des cachets et des tournées des artistes, détaille-t-il. Mais quand ça n’avance pas et qu’on se rapproche de la date, c’est chacun pour soi car il faut boucler sa programmation.»

Si les têtes d’affiches sont souvent au cœur des discussions, les «middle» artistes peuvent être aussi très demandés. «On se bat moins pour les découvertes malgré quelques exceptions.» Pour Kem Lalot, une bonne programmation réunit au moins une tête d’affiche par jour et trois à quatre ‘middle’. «On fait aussi attention aux artistes français, ajoute le programmateur. Belfort n’est pas une grosse métropole donc le public attend de voir ceux qui tournent partout.» Et d’ajouter: «On n’attend jamais qu’on nous propose tel artiste.»

Après la sélection, il faut élaborer du planning qui commence quand la programmation atteint les 75%. «C’est très important, il faut équilibrer les styles et la puissance en tenant compte des demandes des artistes et des contraintes techniques. C’est un casse-tête!», décrit Kem Lalot. L’autre inconvénient? «Garder une vie de famille malgré les déplacements et les gros horaires.» Et si beaucoup se forment sur le tas, des formations administratives peuvent aider «même si vous ferez beaucoup de conneries au début».

Les Eurockéennes de Belfort se tiendront du vendredi 3 au dimanche 5 juillet.