DÉCRYPTAGE – Chaque année, les festivals affichent souvent les mêmes noms. Les programmateurs ont chacun leur tactique pour attirer ces artistes dans leur bastion.

Quel est le point commun de Fauve, Stromae, Cats on Trees, Hollysiz, Détroit ou encore les Black Keys et Artic Monkeys? Ils seront tous présents dans la plupart des festivals français de l'été. Leurs venues sont autant attendues par le public que par les programmateurs. Ces derniers s’y prennent parfois plus d’un an à l’avance pour les attirer.

Réflexions et stratagèmes

«Je travaille déjà sur la programmation de l’édition 2015», annonce d'emblée Armel Campagna du Main Square Festival. Et pour cause, la manifestation d’Arras a lieu du 3 au 6 juillet, au même moment que le festival Beauregard, le Rock Werchter en Belgique et les Eurockéennes de Belfort. Même son de cloche pour ce dernier: «J’ai commencé à m’occuper des têtes d’affiche de 2015, surtout des internationaux, il y a trois semaines», souligne Kem Lalot, l’un des programmateurs, alors que nous sommes qu’à la mi-juin. Lorsque Depeche Mode est venu en 2006: «C'est parce que nous avions commencé les négociations en février 2005 et cela a duré un an.»

Les artistes francophones sont plutôt contactés à l’automne. «Nous n’attendons pas le coup de fil des agents, on fait des propositions et on les rappelle à notre bon souvenir», ajoute Kem Lalot. Dans le Nord, on considère qu’il faut être «le plus rapide possible, agressif et très convaincant». «C’est l’un des week-ends les plus durs et compétitifs de l'été», rappelle Armel Campagna.

A chacun sa marque de fabrique

Manifestation de lutte contre le Sida, les Solidays n'ont pas encore de tête d’affiche internationales malgré une très forte fréquentation. «Je commence à écouter ce qui se fait, ce qui va sortir et à partir de novembre, nous commençons à être dans le rush», explique Hylda Gbenou, responsable artistique. Avec une capacité d’accueil importante (la plus petite scène peut recevoir un public de 3.000 personnes), le festival organisé par Solidarité Sida attire par leur particularité. «Nous défendons des valeurs qui parlent aux artistes, ils ont envie d’y jouer et c’est aussi à nous de les solliciter», ajoute la responsable.

L’équipe des Eurockéennes mise, elle, sur son ancienneté. «Nous existons depuis 26 ans, mais il y avait moins de festivals à l'époque, il faut désormais monter au créneau plus rapidement», estime Kem Lalot. Avec 30.000 places disponibles et un site atypique, Belfort reste un incontournable. Plus jeune, le Main Square Festival parie aussi sur son lieu, mais «l’accueil avec des loges en dur classées au patrimoine de l’Unesco dans la Citadelle d’Arras» représente aussi un atout, selon Armel Campagna.

Bis repetita

Avec des arguments bien différents, chaque festival arrive à attraper les têtes d’affiche du moment. Résultat: certains artistes seront présents dans toute la France tout l’été. A ceux qui pourraient reprocher aux Solidays d’accueillir souvent les mêmes: «Nous cherchons des artistes qui fédèrent, explique Hylda Gbenou. Nous tissons des histoires avec certains qui reviennent, mais aussi dans les autres événements de Solidarité Sida.»

Stromae est l’exemple type de ces entertainers qu’on verra partout cet été. «Nous l’avons calé avec d’autres artistes importants et en tant que festival grand public, on ne pouvait pas ne pas le faire venir», affirme le programmateur du Main Square Festival. Pour Kem Lalot, c’est aussi une question de logique: «Les artistes francophones sont en tournée en France, il y a donc une grosse demande de la part du public.»

Constance Daulon

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