500. C’est le nombre d’habitants de Saint-Laurent-de-Cuves, un village de Basse-Normandie, tout au long de l'année. Mais le temps d'un week-end de mai, la commune accueille 70.000 spectateurs à l'occasion du festival Papillons de Nuit (P2N). Un écart de géant qui a commencé il y a 15 ans. Quatre associations veulent alors animer la commune et son territoire limitrophe.

«C’est un village rural avec un seul bar comme commerce, explique Patrice Hamelin directeur, fondateur et co-programmateur du festival. A l’époque, il n’y avait qu’un concert annuel.» Ce constat et la force du tissu associatif vont lancer ses habitants dans un sacré défi. «Nous voulions organiser plusieurs concerts, créer de l’animation avec la venue d’artistes et importer la culture dans ce milieu rural», explique le directeur.

Expérience sur le tas

La première édition se tient en 2001 sur trois jours avec deux scènes et 10.000 festivaliers. «Nous avons regardé comment ça se passait ailleurs, car personne n’était un professionnel du secteur», ajoute Patrice Hamelin. Mais les partenaires locaux s’investissent et les riverains aussi. Pour Pierre-Olivier Madelaine, co-programmateur et responsable de l’administration et de la production, «il y a eu un esprit de clocher assez fou avec une mobilisation de toute la commune».

S’il n’y avait pas de matériel de sonorisation, ni de régie technique pour cette première édition, les besoins ont vite évolué. «Quand on doublait le nombre de spectateurs d’une année sur l’autre, on a vite pris de l’expérience», se souvient le directeur. Et le réseau local continue de participer. «Nos prestataires sont supers performants, rapporte Pierre-Olivier Madelaine. Notre fournisseur de boisson est le même depuis le début!»

Le choix du local

Ce qui a changé à P2N, ce sont les chiffres: 1.300 bénévoles, 2 salariés et 25 membres regroupés au sein de l’association R.O.C en Baie. Et toutes les autres formes de coopérations possibles: «On développe de plus en plus de partenariats avec des entreprises privées de la région, des PME, des artisans et des commerçants», constate Patrice Hamelin. Et d’ajouter: «Papillons de Nuit n’est pas que de la musique, c’est aussi une belle vitrine pour les entrepreneurs.»

Françoise et son mari ne vont pas dire le contraire. Ils viennent d’ouvrir en septembre dernier un bar restaurant à Cuves, un village voisin, et seront bénévoles pour la première fois cette année. «C’est un moyen de nous faire connaître et on voulait aussi intégrer le milieu associatif du territoire», explique la restauratrice qui tiendra un bar sur le festival.

Accueillir et programmer

Ce succès considérable, P2N le doit aussi à son accueil. «Proposer une bonne programmation est primordial, mais organiser un festival, c’est aussi accueillir les gens», reconnaît Patrice Hamelin. Camping gratuit, animations, jeux, nouveautés régulières et des têtes d’affiche de qualité: David Guetta, Iggy Pop ou encore Lauryn Hill cette année. «Ce type d’artistes permet de franchir des étapes et nous souhaitons satisfaire des goûts éclectiques», explique Pierre-Olivier Madelaine.

Mais comment fait-on alors pour attirer de tels artistes au départ en milieu rural? Du culot et du hasard. «La première année, on a proposé à De Palmas de venir et son agent venait de la région!», se souvient le programmateur. Désormais, certains tourneurs qui ne décrochaient pas à l’époque, travaillent régulièrement avec l’équipe de P2N. «Il faut aussi montrer qu’on est capables d’accueillir d’autres grands artistes», ajoute Patrice Hamelin. Décidément, l’accueil semble être devenu le fil conducteur de ses Papillons de Nuit.