Eté 2002, sur les Pentes de la Croix-Rousse. Sept jeunes lyonnais planchent sur l’écriture d’un nouveau projet culturel. «Nous voulions réinventer le modèle du festival en alliant à la fois une exigence artistique et le patrimoine urbain», explique son directeur, Vincent Carry. Au printemps 2003, les Nuits Sonores reçoivent 29.000 personnes. L’année dernière, ce sont pas moins de 130.000 festivaliers qui s’y sont rendus.

Face au constat que le public ne se reconnaît pas toujours dans un festival classique, avec une énorme foule en périphérie de la ville, la jeune équipe veut créer une connexion entre espace urbain et manifestation culturelle. «C’est l’anti-Woodstock, les Nuits Sonores se destinent aux amoureux de la ville, fait remarquer Pierre-Marie Oullion, le programmateur. On propose une autre expérience qui est, selon nous, plus en phase avec les attentes du public.» En 13 ans, les Nuits Sonores ont ainsi exploré de nombreux lieux lyonnais, comme la Sucrière et l’ancien marché de gros cette année, et changent leur proposition régulièrement.

Un format en perpétuelle évolution

«Nous ne voulions pas de gigantesques scènes avec une foule incroyable. Les salles choisies ne peuvent pas accueillir plus de 4.000 personnes», ajoute le directeur. Ainsi, le format du festival évolue chaque année: des nouveaux programmes, des concerts spéciaux, une partie réservée aux enfants, le Forum European Lab qui réunit les acteurs européens de la culture depuis 5 ans…

«Nous cogitons en permanence sur des nouvelles formules, ça permet aussi de voir ce qui marche», détaille Vincent Carry. Pierre-Marie Oullion ajoute: «Cette année, le concept ‘A day with’ permet à Jamie XX, par exemple, d’inviter des artistes londoniens. Une véritable liberté pour ces têtes d’affiche.

Une programmation minutieuse

La clé du succès? «Ça s’explique par l’alchimie entre le festival et le centre ville », selon le programmateur. Mais pour son directeur, c’est aussi «l’exigence de notre programmation qui a beaucoup joué, on n’en a jamais dévié». La ligne directrice? Raconter une histoire. «On choisit une personne qui a des choses à dire, on construit nos plateaux comme une histoire», développe Pierre-Marie Oullion.

Qu’est-ce qui peut alors inquiéter un festival qui a vu la 1ère apparition de Laurent Garnier ou le 1er live de Todd Terje? «Inviter un artiste qui disparaîtrait rapidement. On ne cherche pas des stars, mais des personnalités», assure Pierre-Marie Oullion. Qui a dit que c’était impossible de rassembler le grand public autour d’artistes de niche?