Trois EP de sortis, une cinquantaine de dates en Europe cet été, des millions de vues sur YouTube… On pourrait résumer l’ascension fulgurante des trois musiciens de Too Many Zooz en quelques chiffres. On pourrait aussi mentionner que tout a commencé quand Matt Doe (trompette), Leo P (saxophone) et King of Sludge (batterie et percussion) ont été filmés dans le métro à New York.

Sur la terrasse du Point Éphémère à Paris, on les a plutôt questionnés sur l’après. Qu’est-ce qui change quand on passe du métro à la scène? Des Etats-Unis à la France? Des improvisations au studio d’enregistrement? Et forcément sur leur musique inclassable et hypnotique: la «brass house», ce délicieux mélange venu de leur spontanéité.

Matt et Leo se sont rencontrés à la Manhattan school of music alors que Leo et King of Sludge, à la station Union Square. Est-ce pour cette raison que vous avez décidé de jouer dans le métro?

Leo P: Quand on a commencé il y a deux ans, un ami m’a proposé de s’installer dans le métro. Je ne voulais pas au départ car j’avais peur d’être jugé comme «musicien du métro». Au final, j’ai trouvé que c’était une bonne idée. Notre première fois était très puissante et naturelle. Notre but était de capter l’attention du public. Ça nous permettait de jouer devant 1.000 personnes par jour et d’avoir de nouveaux fans.

Matt Doe: On a dû jouer 500 fois dans le métro. La durée dépendait un peu aussi de l’argent qu’on pouvait se faire et on cherchait le bon moment pour jouer.

En quoi cela diffère-t-il d’un concert?

Matt Doe: Il y a d’abord le nombre de personnes dans le public. Dans le métro, elles sont 150 environ alors que pendant la tournée, on peut jouer devant plus 10.000 spectateurs. Ils réagissent aussi assez différemment. Ils nous regardent pas toujours quand ils sautent d’un wagon à un autre, ce n’est pas la même concentration. On fait aussi beaucoup plus attention à ce qui se passe autour de nous en termes de sécurité : les personnes soûles ou la police. Sur scène, on a juste à jouer!

Printemps de Bourges, Art Rock, Social Club, Terres du Son, Jazz à Vienne, Nice Jazz Festival… Vous avez pas mal de dates en France et avez reçu un bon accueil. Etes-vous surpris?

King of Sludge: On est très contents mais pas trop étonnés. Il y a une tradition du jazz en France depuis la Seconde Guerre mondiale et beaucoup d’Américains y sont aussi venus après la ségrégation, il y une culture commune pour ce type de musique. Mais New-York est la ville idéale pour notre musique car on s’adresse à toutes les nationalités.

Que se cache-t-il derrière votre «brass house»?

King of Sludge : Ce n’est pas forcément un style, c’est un lieu de création. Notre idée est de brasser différents courants, on ne veut pas copier mais aller aux origines de certains sons.

Matt Doe: N’importe quel groupe pourrait faire de la «brass house». Ce qui fait notre différence, c’est notre approche de la musique. On veut faire danser et on fait beaucoup d’impro. Si on se loupe, on s’adapte et on s’en sert pour en sortir quelque chose de cool.

Leo P: Je ne me loupe jamais! (rires)

Quel message souhaitez-vous faire passer avec cette tournée?

Leo P: On veut surtout explorer notre performance en live, prouver qu’on peut jouer partout et avec n’importe qui. Ensuite, on aimerait créer un album complet et collaborer avec d’autres artistes.

Mais comment pensez-vous gérer vos improvisations en studio?

Matt Doe: On enregistrera de la même manière qu’on joue, naturellement et sans penser à ce qu’on faisait avant.

King of Sludge: Notre langage musical est incomplet, étrange et parfois incompréhensible. Ça sera comme cuisiner un cake : on mettra tous nos ingrédients dedans.

Est-ce que vous avez prévu d’y incorporer des paroles?

Leo P: Mat chante!

Matt Doe: Ce n’est pas vraiment du chant, mais plus de la cadence. J’en joue comme d’un instrument et m’inspire des sons d’Afrique, d’Inde ou de l’Orient. Les mots sont moins rythmiques mais si on fait des collaborations, ça pourrait marcher.

Justement, avec qui avez-vous envie de travailler?

Leo P: Un million de personnes! Action Bronson, Kanye West…

Matt Doe: Kendrick Lamar aussi. C’est plus du rap car notre musique s’y associe bien.

King of Sludge: Il y a en beaucoup mais je préfère laisser venir.

Vous traduisez votre nom comme «trop de cages» et vous semblez très indépendants. Comment allez-vous faire pour produire cet album?

Matt Doe: C’est vrai qu’on ne veut pas qu’on nous dise ce qu’on doit faire comme musique. Ce qui est souvent le cas à l’école ou dans un label. Ca ne veut pas dire non plus qu’on n’écoute personne. On veut juste prendre nos propres décisions.

King of Sludge: Si on avait trop écouté les autres, notre groupe n’existerait pas. On ne serait jamais allé jouer dans le métro.

Leo P: Ce n’était pas du marketing, nous avons joué ce qui nous venait et on a vu que ça marchait.

Quels sont vos autres envies pour le futur?

Leo P: Un million de fans sur Instagram! [2.035 abonnés pour l’instant]

Matt Doe: Vivre une vie de musique, la partager et saisir les opportunités qui s’offrent à nous.

King of Sludge: Je n’en ai pas. Je crée ce que je veux, je suis l’homme le plus heureux de la planète.