PORTRAIT – Ses titres se succèdent et ne se ressemblent pas. Saxophoniste de formation, Thylacine touche à tout avec soin et profondeur. Avec son propre label, le jeune artiste est à l’image de sa musique: en perpétuel mouvement.

Entre son 1er EP, Intuitive, sorti fin 2012 et celui de janvier dernier, Exil, il y a un sacré chemin. Thylacine creuse, façonne, explore et finit toujours pas dévoiler une musique électronique harmonieuse et pointue. Une musique qu'il a pourtant découvert sur le tard. Saxophoniste dès l’âge de 5 ans à l’école de musique puis au conservatoire pour y apprendre le jazz et l’art de l'improvisation, William Rezé (son nom à la ville) a touché à bien d’autres styles musicaux. «J’ai fait partie de plusieurs groupes de musique assez variés, ça allait du rock au dub», explique-t-l'intéressé.

Une fois arrivé aux Beaux-arts d’Angers, ce musicien décide de se recentrer sur un projet individuel. «A cette époque, je n’avais pas une grosse culture électro.» C’est en composant seul qu’il sort ses premiers sons. Équipé d’un sampler, d’un ordinateur et de son saxo qui l’accompagne encore sur scène, il s’y jette. «Je ne savais pas ce que je faisais, c’était très intuitif comme apprentissage.» De l’école d’art, il gardera alors le goût de l’expérimental et du mélange entre visuel et musique. «Je voulais quelque chose de très naturel, j’avais le besoin d’évacuer», confesse-t-il.

Une expérience complète

Lors de son 1er concert dans un bar d’Angers, «hyper blindé et trop stressant», William en sort avec des courbatures. Quelques années  et un compte Soundcloud plus tard, la vidéaste Laetitia Bely l’accompagne en direct et en totale improvisation sur ses lives. «La musique est très liée à l’image ça permet de crée créer un ensemble interactif.» Une autre fois, ce sont deux danseuses qu’il fait monter sur scène à ses côtés. Enrichir et prolonger l’expérience, toujours.

Thylacine a déjà multiplié les collaborations, notamment avec des chanteuses: «Ca me semble débile de rester tout seul dans son coin, les voix enrichissent ce que je fais.» Les rencontres le font vibrer. Comme le mois dernier à New York où il a improvisé un concert avec une violoniste. «On apprend tellement à travailler avec les autres.» Aux Etats-Unis, William y était pour le festival South by Southwest (SXSW) à Austin. Depuis, il est reparti pour le Vietnam où il a trois dates de prévues.

«Sortir du simple cadre de la musique m’excite terriblement»

En mai, c’est avec le Transsibérien qu’il partira. «Je ne peux pas composer dix morceaux dans le même lieu, c’est un peu chiant avec mon appart!» Le voyage prend alors toute sa place dans son processus de création: «Partir amène des choses différentes, le Transsibérien va être long et j’aurai le temps de faire des rencontres.» Le résultat? En septembre. Avec un album? «Tout dépendra de ce que je ramène.» Le but? Eviter l’ennui. «Sortir du simple cadre de la musique m’excite terriblement, ça me passionne et j’en ai maintenant la possibilité.»

Côté influences, il  cite facilement Massive Attack et Wax Taylor lorsqu’il était étudiant mais insiste sur le compositeur américain Philip Glass: «Sa musique se répète, c’est assez proche de l’électro minimaliste.» Aujourd’hui, Thylacine apprécie les sons très mélodiques de Moderat, d’Apparat ou encore Para One et Four Tet. Il parle aussi facilement de ses amis artistes Fakear, Superpoze et Dream Koala. «Nous sommes hyper similaires sur la forme.» Et de la même génération.

Do it yourself

William Rezé fêtera ses 23 ans bientôt. Il a déjà crée son propre label, Intuitive Records. «Ça me permet d’avoir plus la main sur ce que je fais», explique-t-il simplement. S'il avoue qu'on peut désormais développer sa musique seul, il reconnaît également que Thylacine n’est pas forcément un projet pour une major. «Je ne sais pas si j’aurais pu organiser mon voyage avec le Transsibérien dans ce genre de structures.»

Si pour l’instant il n’y a que Laetitia Bely et lui-même, il espère pouvoir en faire profiter son réseau «sans avoir 15 artistes à gérer non plus». Une indépendance assumée qui lui permet de garder sa liberté d’action: «Avec mon manager, nous avons toutes les clés en main.»

En concert le 24 avril au Printemps de Bourges,  le 15 mai au festival Rock’n’solex à Rennes, le 13 juin au festival Vie Sauvage à Bourg, le 26 juin à Solidays à Paris, le 11 juillet à Terres du Son à Tours, le 13 juillet aux Francofolies de La Rochelle et le 18 juillet aux Vieilles Charrues.