INTERVIEW – Fakear est certainement l’une des sensations electro de l’été, voire de l’année. Son troisième EP «Sauvage» en guise de carte de visite, le Caennais est à l’affiche de plusieurs festivals, dont Les Vieilles Charrues et Scopitone.

«Sauvage». C’est le nom du troisième et dernier EP de Fakear qui, lui, ne l’est pas pour un sou. A l’image de sa musique, une electro soft aux sonorités contemplatives et voyageuses qui affole les radios et les programmations de festivals (Les Vieilles Charrues, Scopitone), le jeune Caennais se laisse facilement apprivoiser. Rencontre.

Il y a 18 mois, personne ou presque ne connaissait Fakear. Maintenant, vous êtes à l’affiche des Vieilles Charrues, Belle Ile on Air, et prochainement en concert à la Maroquinerie. Comment gérez-vous ce succès fulgurant?

En fait, je ne me rends pas bien compte. Tout s’enchaîne très vite. En même temps, j’essaye de ne pas tomber dans le fantasme des grosses têtes d’affiche et des grosses dates. Une fois que je suis sur scène, je ne sais plus pour qui je suis là ou pour quel festival. C’est toujours aussi magique que les concerts que je donnais devant 20 personnes dans un bar à Caen.

Sauvage, votre troisième EP, est sorti il y a quelques semaines. Comment le décririez-vous à des gens qui ne connaissent pas Fakear?

C’est un condensé de ce que j’aime et de ce que je sais faire. Du coup, l’éventail est assez large: il y a des musiques du monde, du hip-hop, autant d’inspirations venues de mon quotidien ou de ce que mes parents ont pu me faire écouter. C’est difficile de mettre des mots là-dessus mais je dirais que c’est de la musique spontanée. Au-delà des sens des mots et des paroles, je cherche à proposer un son le plus primaire possible, qui s’approche de l’émotion pure. D’aller à l’essentiel.

Votre premier EP avait des sonorités japonisantes, celui-ci est quasiment tribal. Chaque ensemble est-il une destination?

Oui et non. Je ne me fixe pas du tout par région du monde. En réalité, je ne me lance pas dans la réalisation d’un EP: je compose tout le temps. Au minimum, un ou deux morceaux par semaine. C’est compulsif. J’en jette beaucoup puis, à un moment donné, il se trouve que j’ai assez de chansons pour les regrouper dans un ensemble cohérent, qui représente l’état d’esprit dans lequel je suis. C’est vraiment la beauté du son qui prime, plus que la destination géographique.

Mais diriez-vous que votre musique fait voyager?

Je n’ai pas envie de représenter dans ma musique quelque chose d’urbain ou proche de nous. Je suis fan de science fiction et de tout ce qui peut incarner un ailleurs, même imaginaire. C'est ce que ma musique cherche à représenter. J’ai par exemple composé le dernier morceau de Sauvage en Islande, mais il n’est pas du tout islandais. Au contraire, il sonne africain, chaud. J’ai fait à la fois appel à des sensations que j’éprouvais sur place et à l’imaginaire que j’avais de l’Afrique. Le résultat donne une sorte d’hybride, qui ne représente pas un pays en particulier, mais une forme d’exotisme en général, un peu mystérieux.

Justement, votre programme estival est particulièrement chargé. Vous pensez trouver le temps pour continuer à composer?

Je viens de m’acheter un tout petit clavier, avec pas plus d'une dizaine de touches, pour pouvoir composer dans le train et dans l’avion. J’ai aussi un PC avec une bonne batterie. Je veux garder cette idée de mobilité. Avec O’Kobbo, qui fait les voix sur «Two arms around you», on a d'ailleurs terminé le morceau dans le van de tournée, en revenant d’un concert à Lyon. C’était assez drôle comme expérience.

Vous étiez guitariste dans un groupe de rock avant de créer Fakear. En quoi cela influe-t-il sur votre approche du live?

J’ai gardé un côté très rock, avec l’envie de montrer, d’assurer le spectacle. Il y a aussi le souhait de partager. Je veux que les gens voient quand je me plante, qu’ils comprennent pourquoi j’appuie sur tel ou tel carré. Dans le même esprit, mes lives ne sont pas construits de bout en bout. J’avance de chanson en chanson, avec des setlist indéfinies. J’en joue 14-15 par concert et, hormis les premières et les dernières, c’est jamais les mêmes. Mon équipe technique s’arrache les cheveux à cause de ça, d’ailleurs...

Entre les festivals, où le public ne vous connaît pas toujours, et les concerts où vous vous savez attendu, vous gérez ça comment?

Jusqu’à peu j’appréhendais ça de la même manière parce que personne ne me connaissait. Je n’ai pas encore l’habitude que le public vienne pour voir Fakear. Je continue à me présenter en arrivant sur scène, exactement comme avant. Même à Caen, je continue à le faire. En sortant de l’été ce sera sûrement un peu différent. La Maroquinerie, le 25 septembre, c’est une date qui me met vraiment la pression. Si j’arrive à la remplir, ce sera vraiment le plus grand honneur du monde. Mais, là encore, je pense que je commencerai le concert en disant «Bonjour, je suis Fakear».

Propos recueillis par Romain Gouloumès

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