Vous ne savez pas comment placer votre argent? Sachez que l’épargne se renouvelle. Des professionnels proposent autre chose que le traditionnel livret A de la banque, en misant sur un secteur d’avenir: l’énergie propre. Lumo, Lendosphère, Akuocoop, Enerfip… La liste des sites d’épargne «intelligente» et participative ne cesse de s’allonger. Comment ça marche exactement? 20 Minutes fait le point.

 «Je fais mon petit chemin de citoyenne»

La célèbre navigatrice Isabelle Autissier a épargné dans «5 ou 6 projets éoliens, hydrauliques ou solaires» sur Lumo depuis les premiers pas de la plateforme, en 2012. «On voit bien que les scientifiques s’alarment sur la transition énergétique qui ne va pas assez vite. Lumo est ma façon de faire ma part, plutôt que de placer mon argent à la banque. Je fais mon petit chemin de citoyenne.»

Lumo propose de placer son argent dans des projets d'énergies renouvelables. Crédit: capture d'écran Lumo-france.com

Lumo propose de placer son argent dans des projets d'énergies renouvelables. Crédit: capture d'écran Lumo-france.com

Le site dénombre à ce jour 5.000 «lumonautes» investis comme Isabelle. Total récolté en 5 ans: 5 millions d’euros, «avec un ticket médian à 200€», précise Alexandre Raguet, directeur de Lumo. Pour l’heure, cette épargne touche principalement «les familles CSP+ connectées». Les personnes au plus près des projets sont les plus nombreuses à mettre la main au porte-monnaie. «Placer son argent dans un projet de panneaux photovoltaïques pour les toits de l’école de son fils, ça a du sens», analyse Alexandre Raguet.

Traçabilité et sécurité

Éolienne du projet Tiper, à Thouars (79). Crédit: Typhanie Guerin

Éolienne du projet Tiper, à Thouars, cofinancée par Lumo (79). Crédit: Typhanie Guerin

Ce n’est pourtant pas le cas d’Isabelle Autissier. Au début, la navigatrice s’est sentie concernée par une construction photovoltaïque dans une commune voisine de La Rochelle, son port d’attache. «Ensuite, j’ai choisi en fonction de ma sensibilité. Par exemple, l’implantation d’éoliennes dans le respect du paysage et des gens». C’est aussi un grand besoin de transparence qui guide la navigatrice vers l’épargne verte. «Je veux surtout avoir une traçabilité de mon argent.»

Du côté des intérêts, compris entre 3 et 7% bruts selon les projets, Isabelle y trouve largement son compte. «Le taux d’investissement vaut très largement ce qu’on trouve dans les produits financiers classiques (0,75% avec le livret A)», constate Isabelle. Avec un avantage de taille: ni spéculation, ni variation de l’intérêt d’une année sur l’autre.

«Les banques ne prêtent que 80% des sommes demandées»

«Le versement s’effectue à une échéance trimestrielle, biannuelle ou annuelle», précise Alexandre Raguet. Les plateformes fixent les taux d’intérêt avec les porteurs des projets choisis. «Plus le risque sur le projet est élevé, plus le taux monte», ajoute Alexandre, qui prend également en compte le montant de l’apport demandé sur la plateforme. Malgré ces pourcentages importants, passer par ces sites peut être une vraie solution pour les porteurs de projets. «En moyenne, les banques ne prêtent que 80% des sommes demandées. Le reste doit être financé par des fonds propres.»

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A l’instar des banques, ces plateformes n’assurent pas à 100% le retour du capital aux épargnants. Mais cela n’est encore jamais arrivé sur Lumo. «On sélectionne des dossiers très solides, portés par des collectifs de riverains ou le secteur privé. On s’assure que les constructions verront le jour», d’après le directeur de Lumo.

Une volonté européenne

Le moulin de Courteron, au sud de Troyes (10), cofinancé par Lumo. Crédit: Lumo

Le moulin de Courteron, au sud de Troyes (10), cofinancé par Lumo. Crédit: Lumo

Tous les créateurs de ces plateformes entendent «accélérer» la transition écologique, dans la lignée des directives européennes. «Pour atteindre les objectifs européens, la France devrait investir 5 milliards d’euros par an dans les énergies renouvelables», expliquait Alexandre Raguet à 20 Minutes en 2016. Une somme considérable mais qui n’est rien face «aux 80 milliards épargnés chaque année par les Français sur leurs comptes ou livrets».

Ces plateformes sont encore loin de financer notre sortie du nucléaire, mais elles travaillent en étroite collaboration avec un acteur de poids: la commission européenne. En 2015, Lumo et d’autres sites d’épargne verte se sont alliés à des associations, laboratoires de recherche et coopératives d’énergie pour créer Citizenenergy.eu. Aujourd’hui, ce site dépasse largement ses objectifs, avec 35,8 millions d’euros récoltés auprès de citoyens de 17 pays de l'Union européenne.

«On assiste à une vraie tendance. Les gens veulent de la transparence dans tous les domaines», lance Isabelle Autissier. Ce type d’épargne est cependant encore loin d’être un phénomène massif. A Torreilles, ville d’environ 4.000 habitants en Occitanie, les 800.000€ épargnés par les citoyens pour la construction de serres photovoltaïques ne représentent que 3,4% de l’investissement total. Pas encore de quoi faire rougir les banquiers.