La pizza livrée en 30 minutes, on connaît. Mais peut-on appliquer ce modèle aux livraisons de colis? Oui, assurent les start-up du secteur, qui semblent pousser comme des champignons avec l’explosion de la vente en ligne. Selon les derniers chiffres de la fédération du e-commerce, le nombre de colis aurait bondi de 15% l’année dernière et cette tendance devrait se poursuivre en 2016.

«On a tous eu une mauvaise expérience avec la Poste et ses avis de passage ou ses créneaux de 4 heures qui nous font perdre une matinée…», estime Nao Nussbaum. Avec son associé Fabrice Le Vannier, champion du monde des coursiers à vélo, ils ont fondé Couriier début 2016 afin de mettre «un coup de pied dans la fourmilière».

Flotte de cyclistes

Grâce à sa flotte de cyclistes, cette nouvelle entreprise de livraison entend être «moins chère que la Poste et plus rapide que Chronopost». Implantée pour l’instant à Paris et sa banlieue, Couriier propose des livraisons dans les 4 heures pour 5€, voire dans l’heure pour ceux prêts à débourser 35€. A titre de comparaison, un colis de 3kg coûte 12.5€ pour une livraison en Colissimo 48h ou 24.6€ pour un Chronopost en 24h. «Depuis qu’on a lancé ces tarifs, tout le monde s’est aligné sur nous. C’est également moins cher que les livreurs traditionnels qui fonctionnent par abonnement et sont inaccessibles aux petits commerçants», assure Nao Nussbaum.

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Selon le chef d’entreprise, nous ne sommes qu’au début d’une refonte totale du secteur. «Les start-up réinventent l’expérience utilisateur. Désormais, si vous achetez des chaussures, vous pouvez demander à notre livreur de prendre deux pointures et il rapportera celle qui ne vous convient pas.»

Management sportif

Pour réussir ce pari logistique, Couriier s’appuie sur une flotte d’auto-entrepreneurs pilotés par une application smartphone. Un modèle qui rappelle fortement celui de Deliveroo et consorts dans la livraison de nourriture.  «Tous nos coursiers sont des professionnels et des passionnés de vélo. Nous les accompagnons même avec des managers sportifs pour éviter qu’ils ne se fatiguent et se blessent.»

Une préoccupation que l’on retrouve chez Stuart. La start-up française de livreurs à vélo souffle sa première bougie et s’impose déjà comme l’un des poids lourds du secteur. «Grâce à notre levée de fonds de 22 millions d’euros, nous avons pu nous implanter à Londres et Barcelone en plus de Paris. A terme, tous les grands centres urbains sont dans notre viseur», explique Nicolas Breuil, responsable communication de l’entreprise.

Concurrencer Amazon

Car pour réussir, le modèle de Stuart s’appuie sur une forte densité de commerçants. «Nous avons en permanence un millier de cyclistes actifs dans la capitale et ceux-ci sont prêts à acheminer les livraisons de n’importe quel commerce.» En clair, Stuart permet à des enseignes comme The Kooples, Pizza Hut ou Monceau Fleurs d’effectuer leurs livraisons en moins d’une heure. Une offre qui rappelle fortement celle d’Amazon avec Prime Now.

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«On peut dire qu’Amazon est notre bienfaiteur. Ce sont eux qui imposent à chaque fois les nouveaux standards et le reste du secteur suit. Il y a une dizaine d’années, un colis mettait deux semaines et non 24h à arriver!», commente Michael Levy, PDG de Deliver.ee. Fondée en 2013, cette start-up se positionne sur un créneau différent des autres: «Nous n’avons aucun livreur. Nous sommes en fait une plateforme de mise en relation entre les commerçants et notre réseau de plus de 200 sociétés de livraison.»

Zéro-carbone

Grâce à ce service, des enseignes comme la Fnac ou le BHV peuvent désormais proposer des livraisons en un temps équivalent à celui d’Amazon. «On propose toutes les formules imaginables: livraison en soirée, dans l’heure, sur rendez-vous, zéro-carbone, en costume-cravate…», énumère Michael Levy. Grâce à son application et son service client, la jeune entreprise revendique un taux de succès de 98.4% à la première présentation, «quand des services classiques n’en sont encore qu’à 70%...» Quid des tarifs? «Ceux-ci sont négociés au cas par cas. Certaines marques offrent la livraison à leurs clients, d’autres la subventionnent…»

Et qu’en pense La Poste? «Nous avons peut-être un siècle mais nous n’avons pas à rougir devant ces start-up», assure Jean-Claude Sonet, directeur marketing de la filiale DPD du groupe. Avec plus de 3 millions de colis livrés en Europe chaque jour, la Poste a en effet une longueur d'avance. Pour ne pas se laisser distancer, elle a néanmoins investi dans Stuart ainsi que dans le développement de nouveaux services.

Drones de livraison

«Depuis la rentrée, nous proposons la livraison sur rendez-vous jusqu’à 22 heures dans 13 grandes villes françaises et notre application permet même de suivre le livreur par GPS.» Afin de rendre le service encore plus personnalisé, La Poste teste aussi un système de conciergerie nommé Mister Pasha. «Le pasha concentre les colis des différents livreurs et s’occupe de la livraison. C’est un service haut de gamme assuré par des étudiants sous contrat.»

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Tablant sur un doublement des livraisons alimentaires, la Poste a aussi mis au point des colis connectés baptisés Chronofresh qui permettent de respecter la chaîne du froid. Un outil déjà utilisé par plusieurs start-up, dont Okadran qui se spécialise dans la vente de viande en circuit-court.

Et à l’avenir? «Nous avons déjà plusieurs prototypes fonctionnels de drones qui n’attendent qu’une évolution de la législation. Nous déployons également des consignes connectés dans les gares et les bureaux de poste qui permettront de récupérer facilement ses colis.» Face à tous ces services, difficile de retrouver son chat!