Exit les gouvernements et les banques. Si on veut changer le monde, pourquoi ne pas rendre le pouvoir aux citoyens? C’est le pari de plusieurs plateformes de financement participatif: des énergies renouvelables à l’agriculture bio en passant par l’aide aux plus démunis, ces sites promettent d’investir notre argent dans des causes vraiment utiles. Quand on sait que le secteur du crowdfunding double chaque année, atteignant les 300 millions en 2015, on peut se permettre d’espérer!

Lumo, le financement 2.0 des énergies renouvelables

Avec Lumo, Alexandre Raguet entend «accélérer» la transition écologique: «Pour atteindre les objectifs européens, la France devrait investir 5 milliards d’euros par an dans les énergies renouvelables». Une somme considérable mais qui n’est rien face «aux 80 milliards épargnés chaque année par les Français sur leurs comptes ou livrets», assure le banquier reconverti.

Sur sa plateforme, les internautes peuvent désormais investir à partir de 25€ dans la construction d’éoliennes, de panneaux solaires ou de services comme ekWateur, un nouveau fournisseur d’énergie verte. Avec à la clé entre 3 et 5% d’intérêts: «Ce qui est beaucoup plus que les 0.75% du livret A», commente Alexandre Raguet.

Si la plateforme ne finance pas encore notre sortie du nucléaire, elle a déjà dépassé le million d’euros collectés après seulement deux ans d’existence. Le tout avec une croissance de 100% par an, la preuve que l’énergie verte a de l’avenir.

Bluebees, une autre agriculture est possible

Pour changer le monde, on peut aussi miser sur l’alimentation biologique. «Un maraicher qui travaille bien gagne, au mieux, 1.000€ par mois. Comment voulez-vous, dans ces conditions, que la banque lui accorde un prêt?», s’insurge Emmanuelle Paillat, la présidente de Blue Bees.

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Fondée en 2012 par Maxime de Rostolan, cette plateforme dédiée à l’agriculture bio décolle depuis 2014 et a déjà levé 1,5 millions d’euros à destination des petits producteurs. «Les banques préfèrent les gros tracteurs polluants à 100.000€ qu’ils pourront hypothéquer le jour où l’agriculteur fera faillite, à un simple cheval de trait qui n’a aucune valeur pour eux», renchérit-elle.

En échange de leur soutien, les internautes reçoivent des pots de miel, des pulls en laine, des fromages ou tout autre produit de la ferme. A moins qu’ils n’optent pour le prêt, rémunéré à hauteur de 3% par an. «On prête aussi aux fermiers des pays du Sud. Au Burkina Faso, on a ainsi donné du travail à une centaine de paysans avec seulement 20.000€.»

Ecobole, le crowdfunding écolo

«Je ne prétend pas être un écolo radical. Je fais juste ça pour aider mon prochain», assène de son franc-parler Emmanuel Boullier. Issu du monde de la restauration, cet autodidacte a fondé la plateforme Ecobole début 2013 afin de soutenir «tout ce qui est tourné vers la protection de l’homme et de son environnement». Une plateforme de crowdfunding classique fonctionnant avec des contreparties qui a tout de même collecté 220.000€ depuis sa création.

Sa plus grande fierté? Voir des projets refusés par les banques réussir leur levée de fond sur sa plateforme. «Ça va du verger à la yourte chambre d’hôte en passant par des drones pour sauver les rhinocéros», explique-t-il. «Avec 5% de frais, on paie à peine l’hébergement du site mais l’important c’est de défendre notre planète.»

Humaid, changer le cours d’une vie

Parfois, il ne faut pas aller plus loin que son quartier pour changer des vies. Lancé à la fin 2015, Humaid entend changer des destins en rassemblant des fonds de façon ponctuelle. «On a eu l’idée quand l’un de nos proches a eu besoin d’acheter un fauteuil roulant», raconte Pierre Durand, l’un des deux cofondateurs. Un investissement conséquent dont seulement la moitié est prise en charge par les pouvoirs publics.

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«Notre idée, c’est de venir en complément des aides de l’État, d’être une dernière chance après l’épuisement du droit.» Grâce à leur plateforme, Amjed, un réfugié Syrien, a ainsi pu payer son équivalence de médecine et Inès, une jeune maman célibataire, s’est dotée d’une prothèse de main d’une valeur de 3.950 €.

«A la différence d’une simple cagnotte en ligne, tous les besoins exprimés sont vérifiés par les associations qui nous transmettent les dossiers», assure Pierre Durand. C’est aussi une façon pour les bénéficiaires de sortir de l’isolement. Françoise, une Nantaise victime d’une maladie dégénérative a eu la surprise de voir ses voisins repeindre son appartement en plus des travaux d’assainissement prévus.

We Do Good, financer des entreprises qui ont du sens

Pour les projets qui ne rentrent dans aucune case, il existe enfin We Do Good.  Une plateforme dédiée à «l'entrepreneuriat à impact positif», comme l’explique Susana Nunes, cofondatrice. Sur ce site, les internautes peuvent soutenir des initiatives aussi diverses qu’une appli de covoiturage courte-distance, un gazéifieur pour les déchets bois ou un camping écologique. Mais à la différence des autres plateformes, ici pas de don ou de prêt.

«Nous avons mis au point une nouvelle formule baptisée royalty-crowdfunding», explique Susana Nunes. En échange d’un investissement pouvant aller de 10 à 100.000€, les internautes reçoivent pendant cinq ans un pourcentage du chiffre d’affaire de l’entreprise. Une façon d’impliquer les internautes dans des projets potentiellement transformateurs de notre société.

Pour toutes ces plateformes, attention cependant à ne pas miser trop gros. Comme tout placement financier, le crowdfunding n’est pas sans risques.