Vidange, changements des plaquettes et des disques de freins: autant de travaux qu’on confie habituellement à son garagiste. Mais dans le garage Repareco à Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne), le client s’occupe lui-même des réparations.

C’est le principe du self-garage, encore très peu développé en France: le garagiste loue le matériel mais ne touche pas à la voiture. «Quand on choisit cette formule, c’est souvent pour un but économique», explique Davy Bernardeau, l’un des gérants du garage.  Le client économise ainsi le coût de la main d’œuvre, à condition d’avoir quelques connaissances de bases. D’autres self-garages fonctionnent sur un mode associatif: seuls les adhérents y ont accès moyennement une cotisation.

Prise de risques

Pour Davy Bernardeau, proposer aux clients de réparer eux-mêmes leur voiture, c’est un produit d’appel: «ça représente 10% de mon chiffre d’affaires. Si le client est satisfait de sa prestation, il reviendra sûrement nous voir pour une intervention plus technique qu’il ne pourra pas faire lui-même». Et la demande est là, puisqu’en moins de 6 mois, plus de 1.000 clients ont déjà testé la formule.

Pourtant, cette facette de la réparation automobile est loin de satisfaire tout le monde. Alain Griset, président de l’Apcma (Assemblée permanente des chambres de métiers et de l’artisanat) s’étonne du manque de réaction des pouvoirs publics: «D’un côté, on exige des garagistes professionnels qu’ils respectent strictement les normes, et de l’autre on considère normal que tout le monde puisse changer ses freins sans avoir conscience des risques.»

Si entretenir sa voiture soi-même n’est pas formellement interdit, les constructeurs peuvent se servir de cet argument pour refuser de faire jouer la garantie en cas de malfaçon.

La réparation en pleine mutation

Autre secteur de la réparation de plus en plus concerné par l’économie collaborative, celui de l’électroménager. D’après l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), il y a largement de quoi faire. Dans son étude parue en 2012 sur la durée de vie des équipements électriques et électroniques, on découvre que «40 % des réfrigérateurs et des congélateurs sont remplacés alors qu’ils sont encore en état de fonctionner, tout comme 25 % des lave-vaisselle et 14 % des lave-linge».

Le sujet intéresse les adeptes de l’économie collaborative, désireux de moins dépenser et de posséder des objets plus durables. C’est ce qui a poussé Damien Ravé à fonder en 2011 Commentréparer.com, un forum où les internautes s’entraident gratuitement pour réparer leurs appareils électroniques.

Environ 15.000 personnes viennent chaque jour chercher des conseils sur le site. Au détriment des réparateurs professionnels? Damien Ravé nuance: «Si la réparation demande seulement quelques minutes, les gens préfèrent économiser de l’argent et consulter des sites comme le mien. Le problème pour les réparateurs classiques, c’est surtout que l’électroménager neuf coûte beaucoup moins cher qu’avant. Donc le consommateur sera plus tenté d’acheter quelque chose de neuf que de le réparer.»

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De leur coté les professionnels du secteur commencent eux aussi à s’installer sur le créneau de l’auto-réparation. Deux ateliers ont ainsi vu le jour cette année à Limoges et près de Périgueux. N’importe qui peut venir réparer son lave-linge, moyennant une location de l’atelier. Il bénéficie aussi des conseils d’un réparateur.

Pour Camille Beurdeley la déléguée générale du Gifam (Groupement interprofessionnel des fabricants d’appareil d’équipement ménager) l’initiative permet de fidéliser des clients : «L’intérêt c’est de pas laisser le consommateur seul face à son produit, le deuxième c’est aussi de créer du lien avec les réparateurs car c’est une profession en souffrance.»

Parfois le consommateur n’a pas le choix: si une seule pièce défectueuse tombe en panne, toute la machine doit être changée. C’est le cas de certaines batteries de téléphone portable qui sont soudées à l'appareil et qui ne peuvent pas être remplacées. Cette usure prématurée des appareils électroniques porte un nom: l’obsolescence programmée. Le 22 juillet 2015, l’Assemblée nationale a d’ailleurs définitivement adopté une proposition de loi visant à interdire aux fabricants de «réduire délibérément la durée de vie de certains produits pour en augmenter le taux de remplacement».

Une évolution qui conforte Damien Ravé dans son parcours: «Encourager la réparation c’est aussi limiter l’impact sur l’environnement car on retarde la mise à la poubelle des produits.»

Et le PIB alors?

Si les consommateurs réparent leurs objets et donc achètent moins souvent, cela ne risque-t-il pas de faire ralentir la consommation et donc l’économie? D’après un rapport publié en 2014 par l’Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales), il ne faut pas raisonner secteur par secteur: «Pour caricaturer, le covoitureur qui économise de l’argent peut le dépenser dans des produits bio ou dans un voyage aux Seychelles.»

Reste à l’Etat de pouvoir évaluer et quantifier le poids de cette économie, notamment dans la réparation, pour éventuellement la taxer et donc l’intégrer dans le PIB. C’est ce qu’explique le rapport de I’Iddri: «Le problème n’est […] pas tant l’incapacité du PIB à décrire cette forme de croissance, mais que ce qui échappe au PIB peut aussi échapper à l’impôt et plus généralement au “contrat social”.»