Il veut Changer le monde en deux heures. C’est avec ce titre que démarre le livre de Pierre Chevelle, 25 ans, jeune diplômé d’école de commerce. L’idée lui est venue alors qu’il se posait beaucoup de questions sur son futur métier: «Je ne voulais pas me réveiller à 40 ans et me découvrir en train de faire un métier que je n'aimais pas. Les parcours proposés à l’école ne me faisaient pas vibrer du tout.»

Pierre Chevelle tâtonne et teste pas mal de projets avant d’opter pour l’entreprenariat social en écrivant son livre. Au fil des pages, l’auteur donne dix exemples d’engagements très simples, comme participer à l’élaboration collaborative d’une soupe, ou enrichir le savoir commun en créant une page Wikipédia.

L’exemple de l’Estonie

Mais tous ces micro-engagements peuvent-ils vraiment «changer le monde»? Pour Pierre Chevelle, ça ne coûte rien de se lancer. «La seule façon de voir si ça marche, explique-t-il, c’est d’essayer. A partir du moment où l’on est suffisamment nombreux, on peut arriver à des choses incroyables.» Un exemple parfaitement illustré par l’Estonie.

Le 3 mai 2008, l’opération «Let’s do it» mobilise 50.000 estoniens pendant quelques heures pour nettoyer la nature. Un nombre de participants énorme, qui représente 4% de la population du pays. Ce jour-là, plusieurs milliers de tonnes de déchets sont ramassés grâce à cette mobilisation citoyenne. Depuis plusieurs autres pays européens ont lancé des opérations similaires.

Engagement court

Une mobilisation rapide et éphémère qui colle au concept d’«engagement post-it» théorisé par le sociologue Jacques Ion dans son ouvrage La fin des militants?  paru en 1997. Ce directeur de recherche au CNRS se penche depuis de nombreuses années sur la question de l’engagement militant et associatif. Cette notion de mobilisation «post it» correspond selon lui à un engagement «sur une durée moindre, mais qui requiert un investissement personnel important».

Ce basculement modifie aussi la finalité de l’engagement. Selon Jacques Ion, «la visée de transformation sociale cède souvent le pas à la volonté d'agir hic et nunc [ici et maintenant], d'obtenir quelques résultats tangibles fussent-ils minimes». Autrement dit, ceux qui s’engagent cherchent d’abord les petits succès sans forcément avoir une vision d’ensemble.

Planter des graines

Pour Pierre Chevelle, s’engager sur du court-terme permet de ne pas être effrayé par la tâche. «Il y a énormément de préjugés autour de l’engagement citoyen, analyse-t-il.  C’est considéré comme très chronophage, on veut donc le remettre à demain. Mais même si on est très occupés, on peut glisser des graines d’engagements.»

C’est exactement la démarché qu’a suivi Cécile, une des lectrices du livre. Employée dans un grand groupe français de 3.000 salariés, elle découvre la pratique de l’arrondi sur salaire dans les entreprises. Cela consiste à prélever quelques centimes sur les fiches de paie et à les reverser ensuite à une ou plusieurs associations.

Emballée par l’idée, elle s’est donnée pour mission de l’implanter dans son entreprise. «Le projet est en bonne voie», affirme-t-elle. Symbole du micro-engagement, le micro-don, qui se pratique aussi à la caisse des supermarchés, a permis de récolter un millions d’euros l’année dernière.

>>> Retrouvez l'ensemble de nos articles sur l'économie collaborative