«La France souhaite décrocher la médaille d’or de la finance participative», indiquait Fleur Pellerin, ancienne Ministre déléguée à l’Economie numérique, lors de la présentation de la nouvelle réglementation en matière de financement par la foule. Mais qu'en est-il de l'espoir de décrocher une médaille d’or pour la prévention des risques liés à ce système de financement?

Permis avec Internet, le crowdfunding fait appel à l’épargne des ménages ou des entreprises pour financer un projet. Don pour un artiste, prêt pour soutenir la création d’une start-up ou participation dans le capital d’une entreprise, il se décline au pluriel.

152 millions d’euros collectés en 2014

Jamais autant d’argent n’aura été levé depuis les plateformes de financement participatif en France. 152 millions d’euros collectés en 2014, le double par rapport à l’année précédente, d’après les chiffres de l’association Financement Participatif France. L’étude annuelle du cabinet américain Massolution, spécialisé dans le crowdfunding, prévoit au niveau mondial 34,4 milliards de dollars de prêts ou de don pour l’année 2015. Fort de son succès, ce nouveau mode de financement, qui repose sur l’entraide, n’échappe pas à cette règle propre à l’économie: tout investissement comporte son lot de risques…

«Le risque se définit par ce que l’on peut perdre. Dans le cadre du financement participatif, il équivaut à perdre la somme que l’on a investi dans un projet, qui n’a jamais pu voir le jour», explique Pierre-Charles Pradier, professeur d’économie à l’université Paris 1 et auteur de La notion de risque en économie.

De son côté, Arnaud Burgot, le fondateur de Ulule, rappelle que les risques ne sont pas identiques selon les types de collecte: «Sur une plateforme de don comme Ulule, on verse des petites sommes à un projet qui nous tient à cœur, sans escompter de retour financier. La philosophie est différente de celle des investisseurs qui misent beaucoup d’argent sur une plateforme de crowdequity dans l’espoir de faire du profit.»

Gare aux arnaques

Si le risque est intimement lié à l’esprit du financement participatif, les dés sont parfois pipés, par exemple quand l’emprunteur cède à l'envie de détourner la cagnotte. Lorsque la collecte atteint son objectif, comment s’assurer que celui qui l’a mise sur pied fait bon usage de l’argent versé?

En juin dernier, l’agence fédérale américaine spécialisée dans la protection des consommateurs a condamné Erik Chevalier à rembourser l’argent perçu depuis la plateforme Kickstarter, utilisée pour la création d’un jeu de société proche du Monopoly. 122.874 dollars avaient été récoltés, contre les 35.000 espérés au début. Problème, le créateur de The Doom That Came To Atlantic City a utilisé les fonds pour déménager à Portland. La fin est plus heureuse: le jeu a finalement été édité par la société Cryptozoic Entertainment.

Plusieurs cas similaires ont été signalés outre-Atlantique: un projet de tablette numérique fumeux ou encore des points de vente fantômes de bœuf de Kobé bio.

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La fraude au financement participatif aurait pour l’instant largement épargné la France, selon Vincent Ricordeau. «Sur l’ensemble de nos 15.000 projets, nous n’avons rencontré que deux arnaques», affirme le cofondateur de la plateforme de don KissKissBankBank, de prêt à taux zéro HelloMerci et de financement participatif pour les entreprises Lendopolis.

Même si elles se retrouvent sous le feu des projecteurs, les arnaques demeurent très rares et les plateformes se veulent rassurantes. «Nous sommes très vigilants pour déceler les tentatives d’escroqueries», alerte Vincent Ricordeau. Mais comment pallier le problème des projets qui capotent en raison d’une mauvaise étude de marché? La solution serait-elle de demander aux plateformes de rembourser les sommes versées en cas de non réalisation du projet? Pour certains, comme Arnaud Burgot, c’est une mauvaise idée. D’après le fondateur de la plateforme Ulule, cela revient à laisser la porte grande ouverte aux fraudeurs au détriment de la plateforme.

Allier loi et financement participatif

Pour améliorer la transparence dans le secteur du crowdfunding, il faut regarder du côté de la réglementation française. Un décret, entré en vigueur fin 2014, dessine les grandes mesures en faveur d’une meilleure information du contributeur. Les plateformes de prêt de financement participatif devront prévenir plus clairement encore le contributeur du risque encouru, en leur permettant d'évaluer leurs pertes potentielles et mettant à leur disposition une aide à la décision. Par ailleurs l'investissement individuel sera limité à 1.000 euros maximum par projet. L’idée est de mutualiser le risque pour les prêteurs.

Afin de consolider confiance et transparence, le secteur des assurances est amené à s’engouffrer dans l’univers du financement participatif. C’est le cas du groupe Axa, qui a investi 350.000 euros dans Particeep, entreprise éditrice de plateformes de crowdfunding en marque blanche. «Notre partenariat avec Axa s’inscrit dans l’envie de réduire les risques sur ces sites. Cela passe par exemple par une assurance crédit pour les investisseurs, qui garantit contre les défauts de paiement sur les plateformes de prêt participatif», développe Steeve Fogue, PDG de la start-up Particeep. De son côté, la Maif compte s'emparer de ce sujet dans les prochains mois.

Alors que «le crowdfunding n’est plus une utopie», pour paraphraser Vincent Ricordeau, cofondateur des plateformes de financement par la foule, il est devenu une réalité à laquelle il faut se conformer.