Gagner de l'argent en se basant sur un échange gratuit peu sembler un peu fou. Pourtant, plusieurs entrepreneurs de l'économie collaborative ont sauté le pas et misent sur le troc.

La notion, définie par l’économiste Pierre Alary (fichier pdf) comme «un transfert réciproque de biens entre deux acteurs» exclut a priori tout gain d’argent grâce à cette activité. Par exemple, sur le site d’échange de maisons GuestToGuest, «environ 20% des transactions se font de manière totalement gratuite», d’après Emmanuel Arnaud, le fondateur du site.

Parier sur les à-côtés

Pour pouvoir gagner de l’argent, la société a donc choisi de développer des services complémentaires autour du troc de maison. L’hôte peut ainsi demander à ce que la personne qu’il reçoit verse une caution et prenne une assurance spécifique pour le séjour. Une formule qui séduit: «Environ 80% des échanges se font avec une caution, et 60% avec une assurance» affirme Emmanuel Arnaud.

Même problématique pour Swopr, jeune start-up qui développe une application de troc sur le modèle de Tinder. Nicolas Martin-Lassagne, son co-fondateur veut créer un modèle «freemium» avec d’un coté des annonces qui restent gratuites, et de l’autre la possibilité de payer pour être mis en avant.

Pour Nathalie Damery, présidente de l’Observatoire société et consommation (ObSoco), ces sites misent sur la seconde vie des objets: «Le troc permet de faire circuler des choses dont on ne veut plus, ou qu’on ne peut pas stocker, décrypte-t-elle. Si en plus, on peut s’en séparer en échange d’un objet plus intéressant, c’est bénéfique. »

Une pratique marginale

Les entrepreneurs du troc misent sur l’effet de masse pour décoller. «On est complètement déficitaires, reconnait Emmanuel Arnaud. L’objectif c’est atteindre le million de membres pour avoir un très gros volume de transactions.» GuestToGuest compte pour l’instant 160.000 offres actives dans le monde.  Un chiffre qui fait pâle figure à côté du million d’offres affiché par AirBnb, le poids lourd de la location (payante) entre particuliers.

Concernant les objets, le troc est là aussi une pratique encore marginale. D’après une enquête (pdf) du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc) datant de 2011, seulement 9% des livres délaissés par leurs propriétaires sont troqués. La proportion tombe à 3% pour les vélos ou encore les ordinateurs. Les Français préfèrent en fait les donner ou les jeter plutôt que de les échanger.

Pour Nathalie Damery, c’est aussi lié à un problème de statistiques. «Le troc c’est souvent du système D, et par définition c’est difficile à quantifier, parce qu’une grande partie de cette économie n’est pas sous la lumière des réverbères, donc on ne la voit pas.»

Une autre philosophie

Pour attirer vers le troc, certaines start-up innovent, à l’image de Mytroc. Le site propose de rendre service ou de donner un objet en échange d’une monnaie virtuelle, des noisettes, qu’on peut utiliser ensuite pour «payer» un autre service ou acquérir un autre objet qui n’appartient pas forcément à la personne à qui on a donné.  Pour Floriane, sa fondatrice, «cela permet de résoudre le problème de réciprocité, lorsque les gens qui troquent veulent quelque chose de très spécifique en retour».

Les entrepreneurs du troc défendent enfin une vision particulière de l’économie collaborative. «Certaines plateformes vous disent que l’on peut tout monétiser, explique Emmanuel Arnaud. Nous, on fait la promesse inverse, on se base sur un acte gratuit.»

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