En 2013, plus de 16 000 demandes de brevets ont été enregistrées en France par l’Inpi (Institut national de la propriété intellectuelle). Signe d’un monde de plus en plus placé sous licence?

C’est ce que veut combattre le mouvement «Open source». Il vise à partager librement des données (plans de machines, logiciels), à les rendre accessible à n’importe qui, pour qu’elles soient ensuite utilisées, voire améliorées (voir la définition complète sur le site de l’Open source initiative [en anglais]). Un projet parfaitement adapté à l’économie du partage qui l’utilise pour de nombreux développements concrets.

Open source et 3D

L’impression 3D illustre bien l’influence que peut avoir l’Open source. Alexandre Martel, fondateur du site 3Dnatives raconte: «En 2005, Adrian Bowyer, un professeur britannique, a lancé le projet “RepRap”. Il s’agissait d’une imprimante 3D dont les plans étaient librement accessibles.» Dix ans plus tard, les machines se sont améliorées, et n’importe qui peut les construire chez lui en suivant les indications du site.

Aujourd’hui, les imprimantes 3D nées de l’Open source servent de support à l’économie collaborative: un site comme 3Dhub propose de mettre en relation les personnes possédant une imprimante et celles qui cherchent à faire imprimer un objet. Et là encore, l’Open source est présente: «de nombreux modèles d’objets 3D sont disponibles gratuitement sur internet» affirme Alexandre Martel. On peut par exemple imprimer des petites tasses, de la nourriture ou des vêtements.

Le design menacé ?

Cette liberté de créer pose cependant question pour des professionnels comme les designers. En effet, à partir de plans en Open source récupérés sur le web, et à condition d’avoir une imprimante 3D, n’importe qui peut décider de recréer des objets ou des produits dérivés sans respecter les licences.

Selon Alexandre Martel, le risque existe, mais il reste limité: «ça concerne un certain type de produits basiques, faits d’une seule matière. Par exemple, on peut reproduire assez facilement un Lego, mais ça coûte moins cher d’aller acheter les briques en magasin que de les faire chez soi. Les risques ne sont pas encore démesurés car tout le monde n’a pas son imprimante 3D.»

Enfin l’Open source pose aussi des questions de sécurité, comme l’explique Christopher Santerre, designer indépendant: «Dès qu’un objet est diffusé en Open source et reproductible par n’importe qui, rien ne dit que l’objet reproduit ailleurs sera aux normes, qu’il sera fiable.»

L’Open source est dans le pré

Mais bien loin des «Fab labs» et du monde des logiciels, l’Open source se développe aussi dans un secteur moins connu, le monde agricole. Ainsi, l’Atelier paysan, une collaborative créée en 2011, conçoit des machines agricoles dont les plans sont ensuite librement téléchargeables sur internet.

Au cas où les paysans ne seraient pas adeptes du bricolage, l’Atelier paysan organise aussi des sessions de formations pour apprendre à souder et réparer les objets Open source. «On est là pour transformer les pratiques et les manières de faire» explique Julien Reynier, le chargé de développement de la coopérative. De l'imprimante 3D au champ de tomates, l'Open source n'a pas fini de conquérir de nouveaux terrains.