Julien Phedyaeff. (B. Benoit / 20 minutes)

Julien Phedyaeff. (B. Benoit / 20 minutes)

Nous sommes en 2065 à Paris. Ce jour là, j’ai décidé de changer ma vieille machine à laver: il est grand temps d’en prendre une neuve car celle que j’ai date…de 2015. Histoire impossible? Aujourd’hui oui, mais peut être plus dans quelques années, grâce à l’innovation de Julien Phedyaeff.

Ce jeune designer de 26 ans tout juste diplômé de l’Ensci (Ecole nationale supérieure de création industrielle) s’est lancé dans un projet ambitieux: concevoir une machine à laver ayant une durée de vie de cinquante ans. Un projet «pour lutter contre l’obsolescence programmée», autrement dit l’usure prématurée des produits.

Machine à succès

L’idée lui vient en 2014 alors qu’il prépare son projet de fin d’étude: «Je m’intéressais au démontage de toutes sortes d’appareils. Pour moi, c’est vital pour pouvoir s’approprier l’objet, pour être autonome». La machine à laver n’y échappe pas: «J’en ai acheté une de milieu de gamme et je l’ai désossée. J’ai étudié les éléments capables de lâcher le plus rapidement pour savoir quand et comment les changer.» Il décide alors de travailler sur une machine facile à entretenir et durable.

Le projet «Increvable», du nom de sa machine à longue durée de vie, est né. Julien Phedyaeff est étonné par le succès de son idée lorsqu’il expose la maquette: «Je n’avais pas forcément l’intention de poursuivre le développement, mais en voyant l’euphorie autour du projet j’ai voulu me lancer.»

Perte de poids

Justement, à quoi ressemble cette machine marathonienne? «Pour l’instant elle n’existe pas en vrai», explique le designer, qui «cherche des financements pour développer un premier prototype.» Julien Phedyaeff nous dévoile quand même les grandes lignes de la future machine à laver. Première découverte: le consommateur pourra la monter lui-même, «en quatre heures environ» selon le designer, ce qui diminuera le prix d’achat.

Une autre innovation majeure concerne le poids, considérablement réduit grâce au remplacement du lest en béton par un réservoir d’eau: «Au moment d’un déménagement, il suffira de vider le réservoir et on gagnera 20 à 30 kilos.»

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Ensuite, tout sera pensé pour que la machine dure le plus longtemps possible: les joints ou les roulements pourront être directement changés par le propriétaire de la machine, voire être imprimés localement grâce à une imprimante 3D. L’appareil sera même programmé pour prévenir  lorsqu’une pièce arrivera au bout de sa durée optimale d’utilisation. Enfin, l’utilisateur pourra compter sur des tutoriels vidéo où toutes les réparations possibles lui seront expliquées.

Jeter sans penser

Derrière cette innovation, Julien Phedyaeff veut montrer qu’il est possible de consommer autrement: « Aujourd’hui, on peut quasiment tout jeter, on se dit que tout peut se recycler. On nous vend ça comme un système vertueux, alors que le recyclage n’est pas infini pour beaucoup de matières. Un objet durable comme ma machine à laver vient perturber ce système, il demande aussi un changement de la part des consommateurs.»

Julien Phedyaeff espère achever le premier prototype l’année prochaine. Un site internet doit bientôt être lancé pour convaincre des sponsors, puis une campagne de crowdfunding sera ensuite mise en place pour fabriquer la première série. La principale difficulté n’est pas technique, mais financière: «Je n’ai pas les moyens d’un grand groupe, mais en même temps, ne pas être affilié ça me permet de garder une autonomie de décision».  Et le designer, qui s’est récemment associé avec un autre diplômé de son école, promet de ne pas s’arrêter là : «si ça marche, on proposera d’autres objets increvables».

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