La France compte treize millions de travailleurs indépendants, occasionnels ou réguliers. Devant l’ampleur du phénomène, l’espace de coworking Mutinerie, à Paris, a organisé sa première Freelance Fair le 16 mars, à laquelle 500 travailleurs indépendants ont participé. Pour François Hurel, président de l’Union des auto-entrepreneurs, l’économie collaborative offre «des perspectives colossales» aux travailleurs indépendants mais le modèle doit être davantage encadré.

Que représente le marché des plateformes collaboratives aujourd’hui?

Le marché européen est estimé à 15 milliards d’euros et il devrait représenter 600 milliards dans quinze ans. C’est un modèle de croissance incroyable et un formidable appel d’air pour les freelances qui peuvent profiter de ce marché de différentes manières. La plupart du temps, les freelances sont aussi étudiants, salariés ou retraités.

Combien de freelances travaillent dans le domaine de l’économie collaborative?

Difficile à évaluer car il y a beaucoup de travailleurs qui ne sont pas déclarés. On estime qu’il y en a une trentaine de milliers en France (sur les 13 millions d’indépendants selon l’étude McKinsey d’octobre 2016, NDLR).

Selon une étude réalisée auprès de freelances par la plateforme Hopwork, 88% auraient choisi ce statut pour l’indépendance qu’il offre dans l’organisation de son temps, de ses projets, de son lieu de travail. Pourtant, ils sont encore 48% à souffrir de leurs revenus fluctuants…

Il faut arrêter de dire que les freelances sont malheureux. Devenir freelance, c’est facile, ça permet toutes les combinaisons possibles. Ceux qui travaillent à temps plein gagnent autant voire plus d’argent que les salariés. Sur les plateformes collaboratives, on retrouve beaucoup de gens qui  veulent juste se faire un peu d’argent de poche. On ne peut pas parler de précarité quand le but est de compléter ses revenus issus d’une activité salarié.

Aujourd’hui, un freelance ne bénéficie toujours pas des mêmes droits qu’un salarié avec un contrat de travail. Vu le nombre croissant de travailleurs indépendants, la législation va-t-elle évoluer dans leur sens?

Il y a tout à inventer. Il faut organiser un modèle social pour ce régime, autour de fondamentaux juridiques, fiscaux et sociaux. Le but est de faire converger les droits sociaux des salariés et des indépendants pour que tout le monde bénéficie de la même protection sociale. Les syndicats ont aussi leur rôle à jouer dans la défense de ces travailleurs. Certains craignent la montée des indépendants. D’autres, comme la CFDT, prennent cette évolution de notre société comme une vraie chance (la CFDT a lancé Union, une plateforme créée spécifiquement pour les indépendants, en novembre dernier, NDLR).

Beaucoup de travailleurs indépendants passent par des plateformes numériques pour trouver du travail mais aucun contrat ne les lie à cette plateforme. Ils ne sont donc pas protégés si l'entreprise décide d'arrêter son activité...

Une plateforme est juste un intermédiaire entre celui qui veut avoir accès à un service et celui qui peut offrir ce service. C’est en effet un contrat commercial qui les lie et non pas un contrat de travail. Donc à ce stade, la plateforme ne doit rien au freelance. C'est pourquoi je pense que nous devons écrire un droit associé pour que le travailleur soit indemnisé par la plateforme si ce lien est rompu. L’économie collaborative est une chance que la France ne doit pas laisser passer, mais encadrer pour en finir avec le droit du Far West !