François Houllier, ex-PDG de l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) et auteur d’un rapport gouvernemental sur les sciences participatives, décrypte les enjeux de ce phénomène en France.

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Qu’est-ce qui motive les gens à participer aux projets de recherche scientifique?

Il existe trois grands facteurs, à commencer par la curiosité des participants. Par ailleurs, les citoyens ont conscience qu’on fait face à des défis que la science doit relever sur l’alimentation, la santé ou le climat. C’est comme ça que certaines personnes acceptent de renseigner leur régime alimentaire par exemple. Troisième motivation: le fait d’être directement concerné. Certaines personnes ont tout intérêt à participer pour que la science avance, comme les membres d’associations de malades. Ces dernières années, toutes ces formes de participation se sont beaucoup déployées, facilitées par le numérique.

Comment les citoyens peuvent-ils voir à quel point leur contribution compte?

Il y a eu des projets très marquants lancés par la Nasa, récemment celui sur la détection d’une 9e planète dans le système solaire (février 2017). Grâce à l’implication des citoyens, les scientifiques peuvent détecter des objets qui pourraient être cette 9e planète. Ça n’a pas un impact sur la vie quotidienne mais c’est une avancée majeure. Il y a également le serious game Foldit, qui a permis de déterminer la structure de protéines liées à la transmission du VIH. Même chose avec le projet CiTicks qui sera lancé à l’automne et permettra d’étudier la maladie de Lyme transmise par les tiques grâce aux observations des gens sur ces petites bêtes.

N’y-a-t-il pas un risque que les données collectées dans le cadre des sciences participatives soient peu qualitatives et donc inexploitables?

Il y a forcément des erreurs dans les données envoyées par les participants. Pour prévenir ce risque, il faut que les scientifiques s’investissent en formant les gens. Ça passe par l’organisation de rencontres physiques avec les participants grâce aux associations locales.  Mais aussi par de la pédagogie: expliquer aux citoyens la méthodologie de participation, leur dire qu’on ne prend pas des photos n’importe comment… Tout ça permet de récolter des données plus qualitatives et aussi de maintenir l’engouement des citoyens dont la motivation peut s’essouffler face au temps long de la science. Ils doivent s’armer de patience pour voir les effets de leurs contributions.

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Comment voyez-vous les sciences participatives à l’avenir?

Elles vont s’intensifier comme c’est déjà le cas depuis quelques années. Il est impossible de dénombrer le nombre de projets actuels en France. Ils sont d’ampleur nationale ou locale, et plus ou moins ambitieux. Certains apportent des connaissances scientifiques nouvelles, d’autres sont plus une manière de sensibiliser les citoyens, de les informer et de leur transmettre la culture scientifique. Dans tous les cas, les sciences participatives sont utiles pour l’avancée de la recherche. Il faut juste accepter la diversité des projets.