Saint-Etienne est en rade de chasse-neige, mais Le Chambon-Feugerolles en a à la pelle. Via la plateforme collaborative Munimaxi.com, qui vient de se lancer, les deux villes vont pouvoir se filer un coup de main: «On permet aux communes voisines de louer entre elles leurs équipements municipaux, mais aussi de mettre en commun leurs services», explique Constance Fournier, la co-créatrice. Depuis des années, les communes ont l’habitude de s’échanger leurs biens, mais l’économie collaborative pourrait leur permettre d’aller encore plus loin.

De bonnes bases

«Beaucoup de villes mutualisent leurs actions et leurs services», constate Pauline Hamon, cheffe de projet chez Smiile City, un réseau qui accompagne villes et habitants dans des projets en co-construction. Des entremetteurs comme Munimaxi viennent donc renforcer ces échanges, déjà en partie assurés par les intercommunalités. «Les communes s’appuient sur le partage de biens et de services pour éviter d’acheter du matériel neuf et pour créer un réseau de consultants spécialisés dans des problématiques locales», commente la co-fondatrice de la plateforme.

Au-delà du simple prêt, un grand nombre d’initiatives voient le jour à l'échelle communale, comme en témoigne l’étude Sharitories publiée en octobre 2017 par Ouishare. Cette note identifie des actions collaboratives concrètes menées un peu partout par les collectivités, comme la création d’un espace de travail collaboratif à Lorient (Morbihan) ou d’une plateforme de crowdfunding à Mont-de-Marsan (Landes) pour financer des projets locaux. Sharitories explique aussi que l’enjeu actuel des villes est de renforcer leurs liens avec les territoires et leur population en s’appuyant sur les plateformes collaboratives.

A chaque territoire sa problématique: «Certaines communes vont s’appuyer sur le covoiturage pour favoriser la mobilité, tandis que d’autres vont mettre en place des lieux de partage comme des espaces de coworking ou des fab lab pour recréer du lien social», explique la cheffe de projet chez Smiile City. Pour Emma Chenillat, chargée de mission à l’Association des petites villes de France (APVF), «les plateformes peuvent venir en soutien des politiques publiques locales et être une source financière pour les villes, mais il arrive aussi qu’elles posent problème, lorsqu’elles engendrent une perte de recette fiscale due à leur non soumission à l'impôt. Parfois, les plateformes collaboratives nécessitent également un investissement de la part des collectivités».

L’argent influence les initiatives collaboratives

Le manque de moyens reste le principal frein au tout collaboratif: «On a constaté que c’était compliqué, pour une collectivité, de débloquer des fonds pour le collaboratif, surtout pour les grandes métropoles qui rencontrent des difficultés pour coordonner les initiatives collaboratives, déjà nombreuses», explique Pauline Hamon. Même constat du côté des petites communes où «beaucoup d'élus sont réticents à injecter de l’argent public dans des projets précis», selon Emma Chenillat.

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Pourtant, «les collectivités locales doivent investir financièrement dans l’économie collaborative», recommande à son tour Géraud Guibert, président de La Fabrique écologique, une fondation qui promeut le développement durable. Le think tank a notamment remarqué que les écarts en matière de mobilité entre les grandes et petites agglomérations se creusent, favorisant l’exclusion sociale. Il préconise de faire de l’autopartage une priorité et propose aux collectivités des territoires peu denses d’affecter une partie de leur budget transport à la coordination entre elles et à l’implantation de nouveaux acteurs de la mobilité.

Si le manque d’argent freine souvent les initiatives, il peut aussi les encourager, comme ce fut le cas le 20 juillet dernier lorsqu’un décret a réduit de 300 millions d’euros les dotations de l’Etat aux collectivités territoriales pour l’année 2017. La nécessité de recourir au collaboratif ne s’est, cette fois, pas fait attendre: «Le plan d’économies a entraîné une hausse de la mutualisation du matériel et une nouvelle gestion de la dette, traitée en commun via une même entité, illustre Géraud Guibert. Le mouvement est enclenché mais pas encore suffisant. On a tout intérêt à se mettre au collaboratif, pour le côté pratique mais aussi pour favoriser le lien social.»

Objectif: créer des «villes intelligentes»

Certaines villes françaises l’ont bien compris: ce sont les «smart cities», des villes présentées comme «intelligentes, et optimisant les coûts, l’organisation et le bien-être des habitants», par la plateforme de partage de données Open Data Soft. Ces «villes intelligentes» peuvent aussi recourir à l’économie du partage via le numérique, comme par exemple à Rennes où La Fabrique citoyenne permet aux habitants de proposer un projet pour la ville (parking vélos, boîtes de partage, transats publics, etc.), analysé par les services publics, puis suivi par la population.

Pour s’inspirer, les communes disposent de vingt-cinq prototypes en France (dont Toulouse, Montpellier, Valenciennes ou encore Brest) localisés par le Journal du Net. Le modèle de la «smart city» est inspirant et prometteur «car collaboratif et communes ne savent pas encore tout ce qu’ils peuvent faire ensemble», affirme Géraud Guibert. Ce qui est certain, c’est que de beaux projets innovants sont à venir.