Se faire apporter en mains propres des fleurs, un appareil photo ou ses courses par un particulier, cela se fait en un clic! Déjà présente aux Etats-Unis, en Asie, en Russie et dans d’autres pays européens, les sites de livraison collaborative se développent aujourd’hui en France.

Le principe est simple: impliquer un non professionnel dans l’acte d’acheminement du colis. Si les acteurs classiques du secteur ne voient pas la livraison collaborative comme une réelle menace, ils ont des raisons de se remettre en cause.

Réduction des coûts de livraison

Pressés, les consommateurs sont aussi de plus en plus exigeants sur le rapport qualité/prix de la prestation. Pour répondre à cette nouvelle demande, plusieurs start-up se sont inspirées du modèle de l’économie collaborative, et l’appliquent au domaine de la livraison.

Pionnière, la start-up parisienne Tok tok tok s’engage depuis deux ans à ce que des «runners» livrent tout ce que vous voulez en moins d’une heure 24h/24 et 7j/7. Gagnante du prix de la meilleure start-up de e-commerce 2015, la jeune start-up Drivoo propose un service de livraison plus écologique et économique grâce à ses 2.000 «drivers» inscrits, qui se déplacent à pied ou en transports en commun.

Selon Jérôme Libeskind, expert en logistique urbaine et e-commerce, «les plateformes collaboratives de livraison permettent en moyenne de réduire les coûts de 20 à 30% par rapport à la livraison classique sur le dernier kilomètre de livraison qui coûte cher en milieu urbain». La colivraison, une solution judicieuse à l'heure où le marché du e-commerce augmente en moyenne de 18%, d'après le spécialiste qui s'appuie sur les études de la Fevad.

La différence: la qualité du service

Toutefois, ce n’est sans doute pas tant sur le prix que les plateformes de delivery crowdsourcing creuseront leur sillon car les coûts d’une livraison classique se contractent de plus en plus. La vraie différence passe par la qualité de la prestation. «On ne peut pas dire que les livreurs traditionnels sont très performant sur le point», estime Jean-Baptiste Renié, fondateur de Envoimoinscher.com, distributeur de prestation de livraison. La plus-value des livreurs non professionnels? Leur capacité à être ponctuel, précautionneux et arrangeant sur les horaires.

Ces qualités, les colivreurs doivent les cultiver pour continuer à bénéficier de la visibilité sur les sites de livraison collaborative. «Comme sur toute plateforme, la notation est importante pour susciter la confiance de l’acheteur. Nos runners sont évalués sur le site par la personne qui s’est fait livrer», explique Serge Alleyne, fondateur de Tok tok tok.

Le jeune entrepreneur souligne également l’importance de l’entraide et de l’aspect humain des rapports qui se tissent entre le «runner» et le consommateur. «Cela devrait inciter les professionnels du secteur à se réinventer même si pour l’instant la livraison collaborative ne représente que 5% du marché», affirme Jean-Baptiste Renié, fondateur de Envoimoinscher.com.

Créer un statut d’auto-entrepreneur

Bientôt, tous livreurs? Si ce n’est pas encore pour demain, de nombreux particuliers sont séduits. Salariés précaires, étudiants, voire chômeurs… une frange de la population française voit dans ce nouveau modèle de livraison l’opportunité de se constituer des compléments de revenus. Même si les missions se monnayent en pourboire pour les «runners hop» de Tok tok tok, les «runners pro», constitués en auto-entrepreneurs, peuvent générer 250 euros le dimanche, tient à rappeler son fondateur.

Pour attirer des particuliers vers la colivraison, l'entreprise toulousaine Drivoo rémunère ses «drivers» en une monnaie virtuelle locale pour redynamiser, en creux, le commerce de proximité.

Récent, le delivery crowdsourcing est amené à gagner du terrain. Ce qui ne doit pas faire oublier que, sur celui de la légalité, les plateformes de colivraison sont confrontées à un «flou juridique». Quel statut pour les particuliers qui vont déposer un colis? «Quand les services rendus sont occasionnels, il y a une tolérance de la loi. Mais lorsque les particuliers font de la livraison une activité régulière, ils doivent se constituer en auto-entrepreneur pour ne pas tomber sous les coups de l’illégalité», développe Patrick Thiébart, avocat chez Jeantet.

Alors que «le marché de la livraison croît de 4% par an», d’après Jean-Baptiste Renié, la colivraison ne devrait pas induire de destruction d’emplois.