S’associer pour décider n’a rien de nouveau. C’est le principe qu’ont développé les coopératives dès le 19e siècle. Mais bonne nouvelle: Aujourd’hui, certaines entreprises de l’économie collaborative repoussent les limites de ce modèle. Le collectif Oui Share, dans son étude du 14 mars, met en lumière 34 jeunes pousses aux pratiques de gouvernance innovantes. Objectif : replacer les consommateurs au cœur des processus de décision. En voici trois qui nous ont tapé dans l’œil: La Louve, Mutum et La Ruche qui dit oui!

Coopérer entre bénévoles

La Louve est une coopérative alimentaire participative située dans le 18e arrondissement de Paris. En 2010, deux américains adeptes de la Park Slope Food Coop, coopérative alimentaire créée en 1973 à New York, ont voulu reproduire ce modèle à Paris. Les coopérateurs investissent 100€ ou 10€ pour les bénéficiaires des minima sociaux, afin de devenir copropriétaires du magasin où ils doivent s'investir dans 3 heures toutes les quatre semaines. Actuellement en «phase test», l’objectif de La Louve à partir de juin est que chacun des 4.500 investisseurs pèse dans les processus de décision.

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«Chaque membre de la coopérative pourra saisir un comité de bénévoles chargé de construire l'ordre du jour des assemblées, pour donner son avis sur un changement que devrait opérer le magasin selon lui, explique Catherine Puiseux, en charge de la gouvernance à la Louve. Concrètement, si un coopérateur pense qu’il faut mettre en place un nouveau service, il pourra le proposer et un vote aura lieu en assemblée générale.» Tous les deux mois, le point porté par le coopérateur sera présenté à une première assemblée, puis discuté et voté lors d'une autre, le temps de mûrir la décision.

Inclure les fournisseurs

La Ruche qui dit Oui! met en relation clients et producteurs agricoles locaux en circuit court, à travers une plateforme de commande en ligne. Fondé en 2010, le réseau compte aujourd’hui près de 750 ruches, 5.000 producteurs, et 50.000 utilisateurs actifs par mois. «Notre objectif est de décentraliser le pouvoir au maximum», explique Florent Artaud, responsable juridique de la Ruche.

Cooperative Alimentaire " La ruche qui dit Oui ". A moitie reseau social et moitie AMAP ( association de maintien de l'agiculture paysanne ), la ruche qui dit oui a ete cree par le designer gastronome Guilhem Cheron et finance par Marc Simoncini " fondateur du site Meetic et par Kima Ventures le fond d'investissement de Xavier Niel le fondateur de Free. Les consomateurs passent commande sur le site internet de la ruche, ou la viande, les fruits et legumes biologiques sont proposes par de petits producteurs. Ils passent les recuperer une fois par semaine chez un particulier qui accueille et coordonne la distribution. Nanterre, FRANCE-14/03/2012./Credit:COUTIER BRUNO/SIPA/1205141331

Les paniers alimentaires de La ruche qui dit Oui!. CC Sipa / Bruno Coutier

Actuellement, les responsables de ruches, qui accueillent les consommateurs aux points de retrait de leurs commandes, reçoivent 8,35% du prix fixé par les producteurs sur leurs marchandises. «Sachant que tout repose sur eux, leur commission n’est pas suffisante», constate Florent Artaud. La Ruche qui dit Oui! prévoit d’augmenter leur rétribution selon des modalités encore en discussion, mais aussi de les inclure davantage aux décisions concernant l’entreprise.

«On veut également impliquer les 5.000 agriculteurs du réseau, ajoute Florent Artaud. Notre objectif est qu’avant cet été, producteurs et responsables de ruche décident régulièrement de la manière dont ils voient l’avenir de la Ruche qui dit Oui!». Les discussions pourront porter sur la traçabilité, le prix des produits, etc., « pour qu’il y ait le plus de transparence possible». En France, c’est un comité composé d’une quinzaine de porte-paroles qui sera chargé de voter les propositions.

Les utilisateurs prennent la main

Mutum est une plateforme gratuite de prêt et d’emprunt d’objets entre particuliers. Elle existe depuis deux ans et demi et compte 60.000 inscrits. «Bientôt, notre plateforme appartiendra à ses utilisateurs», avance sereinement Frédéric Griffaton, co-fondateur de Mutum. Comment? Grâce au système de crowdequity consistant à ouvrir le capital de la start-up à qui voudra. En plus des investisseurs traditionnels, chaque utilisateur sera invité à devenir actionnaire, en achetant une part de l’entreprise d’un montant minimum de 30€.

Mutum est une plateforme d'échange de biens. CC Mutum

Mutum est une plateforme de prêt et d'emprunt d'objets. CC Mutum

Ce système de gouvernance innovant, Mutum en rêve depuis longtemps. «On avait cette envie dès le début. Il ne faut pas attendre, sinon on subit une trop grosse pression des investisseurs qui ne veulent pas renoncer à leurs profits sous prétexte d’une redistribution des pouvoirs». «C’est le cas des licornes comme Airbnb ou Blablacar», ajoute Marguerite Grandjean, pilote de l’étude. Le concept a déjà ses adeptes: Mutum a consulté ses utilisateurs sur cette question de gouvernance. Résultat: 800 personnes sur 45.000 ont répondu positivement. Ce lundi 20 mars, Mutum lance la campagne d’investissement sur la plateforme 1001Pact. Il lui restera à convaincre plusieurs milliers d’internautes.