Qu’y a-t-il de commun entre Versailles et Bobigny? Pas grand-chose, à part l’air que l’on respire, et les arbres. Thierry Boutonnier a décidé de leur redonner une place de choix dans le quotidien des urbains, avec son projet artistique, «Appel d'air». Entre 2022 et 2030, 68 spécimens de Paulownia, «variété remarquable originaire de Chine et symbole de résilience», précise l’artiste, rejoindront les 68 gares de la ligne express du Grand Paris, plus grand projet urbain en Europe. Jusqu’au 6 janvier, le Maif social club présente le travail de Thierry Boutonnier, dans le cadre d’Agoramania, un programme autour de la ville et de l’art collaboratifs.

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Les graines de Paulownia, une espèce remarquable chinoise. Crédit: A. Bertier/20 Minutes

D’ici là, il faut bien les faire pousser, ces arbres. Une mission qui exige quelques années, et surtout, l’implication des citoyens qui devront s’approprier ces êtres vivants en attendant que les gares soient prêtes à les accueillir. En 2009, Thierry Boutonnier avait déjà mené un projet similaire avec «Prenez racine», mais à l’échelle d’un quartier lyonnais en rénovation. 50 foyers avaient à l’époque hébergé un arbre chez eux. La tâche est cependant plus complexe à l’échelle du Grand Paris.

«Un projet savant-fou»

Ouerdia, à côté de l'arbre qu'elle a fait pousser dans son jardin pendant plus d'un an. Crédit: Sylvain Gaufillier

Ouerdia, à côté de l'arbre qu'elle a fait pousser dans son jardin pendant plus d'un an. Crédit: Sylvain Gaufillier

Avant d’être inaugurés dans les locaux de l’assureur partenaire de cette rubrique, les arbres encore tout jeunes sont passés entre les mains vertes de 4 citadins, dont Ouerdia, habitante de Malakoff. Pendant un an et demi, cette femme d’origine algérienne a pris soin de son arbre baptisé «Juba», en hommage au roi berbère. «J’ai mis tout mon enthousiasme dans ce projet», témoigne Ouerdia. Cette quarantenaire a connu Appel d’air grâce à sa maison de quartier.

Pour prendre soin de «Juba», elle a été épaulée par un pépiniériste «nomade», qui lui a apporté son expertise. Une fois que le Paulownia aura pris sa place dans la gare de Malakoff, le souffle d’Ouerdia sera capturé dans une résine végétale avant d’être implanté dans le tronc de l’arbre, comme un talisman. Chaque habitant ayant participé à Appel d’air laissera une trace de cette manière.

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«Au début, je me suis dit que c’était un projet un peu savant-fou», s’amuse Alexis, conseiller de quartier et coordinateur technique du projet Grand Paris sud-ouest. Quand l'élu en charge de l’urbanisme à Vanves l’a sollicité pour faire pousser un arbre, Alexis s’est tout de suite senti concerné. «C’est important que les citoyens et futurs usagers du métro s’impliquent de cette manière.» Sa motivation première reste ses enfants, âgés de 5 et 2 ans et demi. Ils seront adolescents au moment où les arbres seront plantés.

Difficile de mobiliser les citoyens

«Ce genre de projet rencontre toujours une forte adhésion sur le principe, remarque Thierry Boutonnier. Les gens ont conscience de l’importance de cultiver ensemble l’espace urbain qu’ils partagent.» Mais dans les faits, mobiliser les habitants sur la réappropriation de leur territoire par le biais d’un projet environnemental et artistique n’est pas si simple.

Thierry Boutonnier admire un des arbres témoins du projet Appel d'air. Crédit: A. Bertier/20 Minutes

Thierry Boutonnier admire un des arbres témoins du projet Appel d'air. Crédit: A. Bertier/20 Minutes

L’association Coal Art et Environnement, qui porte le projet de Thierry Boutonnier, se donne 8 mois pour rassembler 68 habitants. Lauranne, directrice artistique de l’association, compte sur le bouche à oreille pour qu’Appel d’air prenne son essor. «Les démarches collaboratives dans le secteur artistique sont en expansion, mais il est toujours plus difficile d’aller vers des particuliers que de s’appuyer sur les écoles, les entreprises ou les structures culturelles», explique Lauranne.

L’institut de formation à l’environnement (Ifore), qui dépend du ministère de la Transition écologique, ainsi que «7 ou 8 classes», se sont engagés à prendre un arbre en charge. En attendant, «Juba» et les 3 autres plantations «témoins» du Maif social club poursuivront leur croissance dans une pépinière à Nanterre, à partir du 26 novembre. Rendez-vous dans 13 ans pour voir le résultat final en gare... On retient notre souffle.